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Céline
Écrit par
blogueur Littérature & Polar
01 mars 2020 |  0 like   |  129 vues

Les Editions Agullo

Petites Grandes Maisons

Il y a des maisons d’Editions qu’on aime particulièrement. Soit qu’elles prennent des risques, soit qu’elles soient belles, soit qu’elles ne vous ont encore jamais déçu. Elles enchantent votre quotidien à chaque nouvelle parution. Je vous parlais déjà de Gallmeister, de Hélice Hélas, Torticoli et Noir sur Blanc ou encore les Moutons électriques Laissez- moi vous présenter les éditions Agullo!

Née en 2016 cette audacieuse maison d’éditions est le fruit d’une rencontre entre Estelle Flory, éditrice qui a fait ses armes au Castor Astral (que j’adore), Sebastien Wespiser, libraire et manager d’un groupe de rock, Sean Habig graphiste de talent et Nadège Agullo qui est déjà la co-fondatrice des éditions Mirobole (que je sur-adore)
Reconnaissables immédiatement par leurs couvertures en photogramme, les livres d’Agullo sont de beaux objets avec des contenus de qualités qui sortent le lecteur de sa zone de confort et le pousse à s’interroger sur le monde. Polars, Absurdes, Imaginaires ou Noires ; il y en a pour tous les goûts et surtout pour toutes les curiosités. Parce que c’est certainement là la clef de la réussite des éditions Agullo : des romans curieux pour des gens curieux.

 

Petit tour d’horizon des auteurs que j’ai adoré chez Agullo!

Wojciech Chmielarz

Pyromane
Un incendie criminel dans l’hiver glacial de Varsovie. L’inspecteur Mortka, flic fêtard désabusé, enquête sur la mort de Jan Kameron, businessman ruiné aux affaires obscures.La femme de Jan lutte contre la mort, portrait amusant d’une ex-star de la chanson. Flanqué d’une profileuse tout aussi tenace qu’agaçante, d’un adjoint alcoolique et d’une hiérarchie lourdingue, Mortka doit faire preuve de ténacité pour résoudre ce méli-mélo de fausses pistes parsemée de cocktails Molotovs.
Un polar polonais sombre et rêche qui nous présente un héro auquel on ne peut que s’attacher. Mortka, dit le Kub est de ces personnage qu’on aime dès les premières lignes. Intègre et maladroit, terriblement humain. Misère, misogynie et violence sociale sont dépeintes avec autant de brio que l’enquête est impeccablement bien ficelée.
Wojciech Chmielarz signe un premier polar plus que réussi ! Il continue son ascension littéraire avec le superbe La Ferme aux poupée qui vous transporte à Krotowice, petite ville perdue dans les montagnes où il espère trouver le temps de réfléchir à sa vie chaotique. C’est sans compter sur la disparition de Marta, onze ans. Le Kub se retrouve à enquêter sur un pédophile qui reconnaît le viol et le meurtre de la petite et sur le mystère des vieilles mines d’uranium du coin. Il faudra tout le flair du Kub pour traquer des trafiquants dont la cruauté dépasse l’entendement.

A découvrir également : La Colombienne et La cité des rêves

Valerio Varesi

La pension de la Via Saffi
Parme en période de l’Avent, une vieille dame est retrouvé assassinée dans sa pension pour étudiants. L’enquête est confiée au commissaire Soneri qui se retrouve bouleversé par de vieux souvenirs. Effectivement il est lié à la Pension de la Via Saffi. C’est là qu’il rencontra sa femme, Ada. Mais Ada n’est plus et Soneri traîne son chagrin depuis longtemps. Or, il y a plus sordide que ses souvenirs : la vieille logeuse n’était que méchanceté et perfidie, mue par l’enrichissement personnel sous couvert de chantage. Valerio Varesi nous offre une plume emplie de finesse et de poésie qui vous emporte dans des paysages délavés à la beauté surannée. Tous les personnages sont méticuleusement approfondis et l’intrigue truculente vous laisse à la dérive, pages après pages.
Si, comme moi, le commissaire Soneri vous a séduit foncez sur sa première enquête : Le Fleuve des brumes qui vous plonge dans le passé fasciste du Nord de l’Italie et à la découverte du Pô, personnage fabuleux de ce roman, ou partez en voyage dans les Apennins montagnardes pour une enquête mêlant charcuteries, secrets familiaux et dureté rurale avec Les ombres de Montelupo. Retour à Parme avec Les mains vides où une mafia s’installe en silence mais compte bien dévorer la ville de notre commissaire.

Joe Meno

Sans doute mon auteur préféré chez Agullo. Parce que j’aime les écrits décalés et déjantés.

Le Blues de La Harpie
Luce Lemay sort de prison. Il a purgé trois ans pour avoir renversé un landau et tué le bébé sur le coup. Luce retourne dans sa ville natale La Harpie, en Illinois. D’une histoire de mauvais garçon en pleine réinsertion, Joe Meno vous chamboule et vous voilà dans un roman tendre et délicieusement punk. La culpabilité et l’absolution sont traitées ici avec génie, tout comme les clichés sont balayés avec brio ! A la fois sèche et lyrique, l’écriture vous accroche aux pages. La profondeur de Luce tout comme la bonhomie de Junior Breen vous caresse l’âme et la beauté vénéneuse de Charlène vous brise le cœur. Un attrape-cœur moderne à la violence superbe et au Blues déchirant.

Prodiges et miracles
La misère crasse du quotidien de Mount Holly, bourgade de l’Indian. On fait connaissance avec Quentin, ado taciturne qui épanouie en sniffant de la colle. Le jeune métis est élevé tant bien que mal par son grand-père Jim. Vétéran de la guerre de Corée, il fait ce qu’il peut pour rassurer le môme entre les visites dévastatrices de sa mère, junkie désabusée et ingérable. Un beau matin, apparaît une jument blanche. Erreur de livraison dans cette petite ferme de poulet à l’agonie. Une jument qui fascine par sa beauté et sa fierté. Une jument blanche qui va bouleverser la misère sentimentale de nos protagonistes. Quand l’animal est volé par deux toxicos, Jim et Quentin se lancent à sa poursuite.
Au cours de ce voyage fou, on traverse une Amérique rurale oubliée, où drogue et violence semblent être les seuls horizons d’une jeunesse sans repères que la vieillesse ne comprend plus. Grâce à l’amour que chacun porte au cheval miraculeux, l’aïeul et le garçon trouveront le chemin d’une rédemption mutuelle comme un placebo, un alibi à la pudeur d’exprimer ses sentiments. Un roman noir lumineux, à l’amour rugueux, à la loyauté sublime et aux dialogues emplis de génie ! Encore une fois, Joe Meno rassemble tous les clichés pour les balayés et en faire de la poésie.

La crête des Damnés
L’histoire d’un ado des quartiers sud de Chicago qui découvre le punk dans les années 1990. A travers les exploits et ruminations de Brian, ex-loser qui se rêve en star du rock, et de sa meilleure amie Gretchen, fan de punk et de bagarres aux poings, Meno décrit avec une grande justesse de ton les premiers émois amoureux, la recherche d’une identité entre désir d’appartenance et de singularité, les situations familiales complexes… et brosse au passage le tableau de ces quartiers et leurs démons : racisme, conformisme catholique, oppression de classe. L’âme du livre, c’est le punk, et comment la découverte de son message politique et social va bouleverser la vie de cet adolescent. Bourré de références à des groupes de punk et de rock, de cassettes compiles et de conseils pour se teindre les cheveux en rose, le livre est punk jusqu’à l’os, jusqu’à la langue : rebelle à l’autorité, brut et furieux. Un superbe roman qui fait la part belle à l’énergie de la musique et à l’humour ironique de l’adolescence.

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