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Alexandra
Écrit par
blogueur Littérature & Polar
16 février 2020 |  4 likes   |  180 vues

Des vies de femmes en format poche

Le livre de Dina

Tome 1 : Les limons vides

La vie de Dina se lit comme une saga. Cette héroïne hypnotique et mystérieuse nous échappe et nous fascine. C’est en trois tomes que se dessine son histoire. L’autrice reprendra d’ailleurs son personnage dans le livre « Le Testament de Dina » qui est sorti en poche en octobre 2019. Mais avant de se plonger dans cette suite, il est nécessaire de parler des Limons Vides, le premier livre de la vie de notre héroïne.

Au moment même où le traîneau partait dans le vide, la peau de mouton glissa, laissant à nu le visage de l’homme. Il ouvrit alors l’œil qui n’était pas crevé et le fixa sur la femme. Muet. Un regard incrédule et désespéré.
Je suis Dina, entraînée à la suite de l’homme dans le tourbillon du torrent écumant. Puis il passe de l’autre côté. Je n’arrive pas à saisir le dernier instant, ce qui m’aurait fait découvrir ce que tout le monde redoute. Le moment où le temps s’arrête.
Qui suis-je ? Quand, et à quel endroit ? Suis-je à jamais damnée ?

Dina perd sa mère alors qu’elle n’a que 5 ans. Et sa vie ne sera que drames, malheurs et culpabilité. Car la jeune Dina flirte avec le diable. Indépendante et sauvage c’est un hymne à la féminité et à l’indépendance. Aucun homme n’en fera façon.

Herbjorg Wassmo aborde le quotidien et les mœurs dans la Norvège du XIXe. Froide et désarmante. Un pays à la morale oppressante pour les femmes. Son style est fluide et doux . Les tomes s’enchaînent sans que l’on puisse reprendre notre souffle. On trouve dans la personnalité et la fougue de Dina de l’espoir au beau milieu du mutisme et de la tristesse.

Suzanne

Frédéric Pommier

Suzanne finit ses jours dans une maison de retraite. Les repas sont fades, les aides soignantes pressées et en sous effectif, le store de sa chambre cassé. Dans la pénombre constante, elle attend. Elle attend la visite de ses filles, de ses petits enfants, elle attend que quelqu’un vienne la laver, elle attend la mort ou un semblant de dignité.

Pour patienter, elle nous offre des bribes de sa vie. Son mariage, ses parents, la guerre. Laval et sa maison, Pierre et Louise. La vie de nos grand-mères en somme. La banalité de grandir sous le regard d’une mère blessante et de parfois réussir à s’en émanciper. Mener sa grossesse à terme avec quelques tickets de rationnement. Etre si forte, avoir traversé tant d’épreuves et finir sa vie dans une telle déchéance, spectatrice impuissante de sa propre fin.

Frédéric Pommier est le petit fils de Suzanne et pour lui sa grand-mère est la figure d’une battante ordinaire. Mais Suzanne est forte et sensible et ce texte la révèle. Plus que ça, ce roman apporte une réflexion sur la dégradation des corps et sur la prise en charge des personnes âgées en France.

Des tranches de vies sans artifice, belles ou tendres, dures ou bouleversantes.

Suzanne ne veut pas mourir. Ça ne l’intéresse pas. Pas maintenant, c’est trop tôt. Il reste encore tant de livres à lire et de choses qu’elle ne sait pas.

La fille qui brûle

Claire Messud

Juju et Cassie forment un binôme depuis leur plus tendre enfance. Mais l’arrivée de la puberté, l’entrée au collège et les nouvelles amitiés érodent cette complicité. Des meilleures amies qui se séparent en douceur à l’adolescence ? Le schéma classique.
Ces deux là s’éloignent progressivement sans véritable cassure, sans réelle explication. Pas de quoi en faire un roman à priori. Mais Cassie, un jour, disparaît et Juju cherche dans ses souvenirs les prémices du drame.

Le malheur  est inscris dans le corps des femmes. Car partout, dans la rue ou dans les bras d’un homme, naître fille c’est savoir que le danger plane au dessus de nos têtes.

Parfois, je me disais que grandir en étant une fille, c’était apprendre à avoir peur. […]

Vous découvriez, avez une acuité inconnue dans l’enfance, la vulnérabilité du corps que vous habitiez, ses fortifications imparfaites. À la télévision, dans les journaux, les livres et les films, jamais ce ne sont des hommes qui se font violer, kidnapper, lapider, démembrer ou brûler à l’acide. Mais dans les romans, dans les séries et les films policiers aussi bien que dans la vraie vie, ça arrive tout le temps, tout autour de vous. […]

Vous grandissez, et à cause de toutes les histoires qu’on vous raconte vous apprenez comment est le monde, et vous commencez à perdre des libertés. Même si personne ne vous dit de vive voix que vous les avez perdues, vous savez qu’il faut faire attention. […]

Méfiez-vous de l’obscurité, de l’isolement, des espaces naturels, des fenêtres mal fermées, des hommes que vous ne connaissez pas. Et ensuite vous découvrez que même les hommes que vous connaissez, ou croyiez connaître, peuvent se révéler dangereux.

Et c’est peut-être le vrai sujet du roman de Claire Messud. Mené d’une plume de maître, ce récit nous attrape dés les premières pages. Nous voici embarqués dans le quotidien, dans notre enfance, dans nos propres insécurités.

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