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Luc
Écrit par
blogueur BD
24 janvier 2019 |  2 likes   |  31 vues

Percevan, Sylvio, Gildwin à la Fnac de Lausanne!

Je fais une pause dans ce mois de sélection de la BD FNAC, car nous allons à la Fnac de Lausanne, recevoir un dessinateur de talent : Philippe Luguy !
Je me rappelle encore de ma première lecture du tome 1 de Percevan. Une lecture qui m’a transporté dans un univers fascinant. Cette impression est restée la même après chaque album de la série. Nous avons interviewé Philippe Luguy qui a gentiment accepté de répondre à nos questions.
Si vous en avez d’autres, n’hésitez pas à venir les lui poser Samedi 26 mars à partir de 14 h à la Fnac de Lausanne !

Bonjour, Philippe, peux-tu te présenter à nos lecteurs du blog de la Fnac ?

Philippe Luguy, auteur de bande-dessinées publiées professionnellement depuis 1969. Né à Paris (nul n’est parfait…) passionné par son métier toujours et encore… après cinquante ans et un peu plus de dessin.
Heureux de vivre de son métier, c’est un grand privilège et une grande chance aussi.

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Tu débutes en 1974 en créant le grillon Sylvio pour le journal PIF, comment s’est passé cette période ?

sylvio course Jack

En fait j’ai participé en tant qu’auteur, illustrateur, etc… à de nombreux journaux et magazines dits pour la jeunesse, qui étaient fort nombreux, dès 1968…
Et donc bon nombre de mes collègues ont commencé à exercer ce métier d’auteur par le biais de ces revues… ce qui a été mon cas. Bien entendu mon désir était de publier dans un magazine plus important et la rédaction de Pif Gadget étant à Paris, ma ville de naissance, je suis allé proposer Sylvio… Il m’a fallu attendre la décision de l’intégrer au journal plusieurs mois, qui m’ont paru une éternité…

Comment as-tu décidé de créer ce personnage ? PIf revient peut-être, serais-tu de la partie ?

À l’origine ce qui m’a amené à la BD était mon désir de devenir créateur de dessins animés… j’ai eu la chance vers l’âge de 16 ans de rencontrer Paul Grimault, génial créateur du Roi et L’oiseau, La Bergère et le Ramoneur… etc… sur scénario de Prévert… Il se trouve que ses studios de dessin n’étaient pas loin de chez mes parents, rue Bobillot dans le 13 ème…
Il m’a encouragé, conseillé, mais devant la montagne de travail que représentait la réalisation d’un dessin animé, j’ai déclaré forfait et je me suis dirigé vers cet art que sont les histoires en images… cela m’est apparu plus simple d’approche, ce qui était une erreur, mais j’avais 16 ans…
Il se trouve que ce désir de dessin animé ne m’avait (et ne m’a pas) pas quitté, et, donc mes personnages étaient conçus pour le dessin animé… l’univers des insectes avait été peu exploité, les insectes étant mal ressentis par la plupart d’entre nous à cause de leur apparence physique entre autre… J’ai donc créé des insectes sympas et  c’est ainsi qu’est né Sylvio, après une autre série d’insectes… Coquelicot créée pour le journal Bibi Fricotin, plusieurs enfants m’ont demandé si j’avais rencontré Sylvio et s’il était d’accord pour que je le dessine. J’ai répondu, oui, bien entendu… À cette époque, dès le début, mon choix s’était porté vers des univers fantastiques et imaginaires, à destination de la presse jeunesse. Je n’ai toujours pas quitté ces univers fantastiques…
Quant à mon retour dans le journal, je n’ai eu aucune proposition dans ce sens pour le moment…

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Comment s’est passé ton expérience sur l’émission l’aventure des plantes ?

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Jean Pierre Cuny et Jean Marie Pelt m’ont contacté à cause de mes univers sylvestres qui correspondaient bien à cette saga sur l’univers des plantes.
Je me souviens que, les premières images en prises accélérées et ensuite passées au ralenti, permettaient de voir le vol des insectes se posant sur les fleurs… ou bien de voir la germination jusqu’à son éclosion d’une plante, etc…
Ce travail a été passionnant et j’allais voir les montages aux Buttes Chaumont, les prises de vues de mes dessins. C’est ainsi que j’ai collaboré à plusieurs émissions pour la télé dans plusieurs univers. J’ai pourtant arrêté, car mon propos était de publier des albums de BD. Mes premiers amours ont été plus forts…

Tu crées le personnage de Karolyn, un diptyque qui a comme point de départ la mort par ingurgitation d’un champignon vénéneux du compagnon de l’héroïne, as-tu eu du mal à faire accepter cette histoire ?

Karolyn est mon premier album sorti sous le titre Cyril : Le Château des Milles Diamants aux ED Garnier… éditeurs de Benjamin Rabier pour les connaisseurs avec son canard Gédéon.
Je n’avais pas écrit de scénario et c’est mon imagination de l’époque qui a tout fait. Résultat, car j’en ai eu des témoignages, c’est un album qui a beaucoup plu aux quelques enfants qui l’ont reçu et lu, car il était facile d’accès.
L’histoire se déroulait un peu comme dans la cour de récré, en saisissant l’opportunité des instants et des traits de caractère des personnages. Je rappelle que le héros est un héros, pas une héroïne, même si je n’ai rien contre les héroïnes au contraire. Et le compagnon est l’animal de compagnie, animal fantastique, on y revient, qui ingère par gourmandise un Champignon vénéneux… Il en meurt et donc le but est de lui redonner vie… Rien de nouveau sous le soleil, mais c’est le prétexte à développer l’aventure dont Numa Sadoul dira qu’elle est un conte à la Tolkien. Tiens tiens… Je ne connaissais pas Tolkien et il est vrai que les situations sont des situations à la Tolkien. Une espèce d’inspiration commune… Je n’ai lu les ouvrages de cet auteur qu’un peu plus tard, mais en 1976 date de sortie de l’album, je me suis rendu compte qu’on ne créait rien… On réinterprète. D’autres ont ou auront les mêmes idées. Je n’ai eu aucun mal à faire accepter l’histoire. Les ED Garnier étant éditeurs des renommés classiques, j’ai eu le privilège de me retrouver sur les étagères des magasins entre Zola et Victor Hugo ce qui est très flatteur, mais ne m’a pas permis de vendre beaucoup d’albums… Et lorsque j’ai dessiné le second tome des aventures, l’éditeur m’a arrêté à la 38ème page… Le succès n’était pas suffisant pour continuer. Ce n’est  que plusieurs années plus tard que la série a été reprise chez Dargaud sous le nom de Karolyn, et que de ce fait, j’ai bouclé les 8 pages restantes du second album.

Le-chateau-des-mille-diamants

Tu explores avec Jean Léthugie, l’univers médiéval fantastique avec la série Percevan, que voulais-tu exploiter dans cet univers?

percevan le pont levis couleurs

J’avais déjà des années auparavant créé un héros médiéval fantastique pour la revue des Pieds Nickelés, que j’ai abandonné au profit de Sylvio.
Lorsque Jean Léturgie, sur les conseils de Henri Philipini, est venu à mon atelier pour me parler projet, il en est ressorti avec le sujet d’un héros médiéval, une espèce de Johan et Pirlouit des années 80…
Deux ou trois jours après, il m’a proposé le nom de Percevan. C’était conclu… Percevan allait galoper vers ses aventures. Le fantastique est parmi nous, il suffit de regarder, ressentir, écouter… Pour moi il est indissociable de nos vies.
L’aventure également: vivre c’est prendre le risque des rencontres, des imprévus, de mourir aussi. Quant à l’humour, il est pour moi indispensable; une vie sans humour, sans recul, me paraît bien morose.
Ce sont les trois ingrédients des aventures de Percevan. Mon dessin se prête au fantastique, et à l’humour. Nous avons donc développé des histoires unissant ces trois postulats: fantastique, humour, aventure.
Le médiéval est une époque extraordinaire pour inventer, créer, imaginer car si nous avons tous un socle commun avec les histoires de chevalerie, les univers peuvent être infinis. Nos imaginations sont donc libres.
Percevan  devait aller de château en château, et de ce fait tomber sous le joug de seigneurs différents et les histoires en découler. Et puis la magie, les superstitions, les légendes, etc ont chamboulé ce choix de départ, pour immédiatement dès le premier album, créer l’univers dans lequel il est toujours. Les principaux personnages de la série sont là en place, dès le premier épisode; les Trois Étoiles d’Inggar, chez Glénat, Balkis, Altaïs, Ciensinfus, Kervin etc. Ils
sont tous là, au fil des albums d’autres sont apparus et ont gagné leur place indispensable, dans la série.

Percevan se démarque par des personnages complexes psychologiquement et ambivalents comme Balkis, as-tu eu peur d’aller trop loin ?

Non aller trop loin, non… Je dirais même qu’il faut encore développer. C’est l’intérêt, ne pas avoir des personnages trop plats psychiquement. Nous sommes complexes, nos personnages aussi, ambigus, dont on ne sait pas trop pour certains où ils se trouvent… Je pense que Jean et moi y trouvons notre compte. À la création d’un nouvel épisode on se retrouve  dans un bistro, devant un café bien chaud avec un bon croissant et on déballe nos cogitations individuelles pour voir ce qu’il peut en sortir (il est bien évident qu’une fois le choix d’une histoire arrêtée, il me faudra une bonne année de dessin pour aboutir l’album, alors je tiens à y avoir du plaisir à le dessiner…)
Et donc à la fin de la matinée nous allons poursuivre dans un petit resto la conversation. Et en général en fin d’après midi nous avons notre sujet. Jean se met au travail… écrit, découpe, remet en question ??? Et moi je lui téléphone de nouvelles idées, dont il tiendra compte ou pas. C’est ce travail de complicité et de ping-pong qui fait que la série vit toujours depuis plus de trente-cinq ans… Une histoire d’amitié aussi… les aventures de Percevan en sont au 16ème album qui sortira cette année 2019, il est publié chez Dargaud actuellement.
On m’a souvent demandé pourquoi je travaille  avec des scénaristes? Eh bien parce que c’est l’échange qui est intéressant, chaque scénariste ayant sa manière d’écrire et de repousser les limites du dessinateur, qui du coup va aller plus loin dans son dessin et ne pas se contenter de ressasser les mêmes conventions graphiques, mais j’écris aussi mes propres scénarios.

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Avec Gildwin, tu explores une autre facette de la fantasy avec ce jeune conteur qui doit ramener des légendes, comment t’est venu cette idée ?

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Oui alors Gildwin est un héros dont le propos est de rencontrer les personnages de légende, persuadés qu’ils existent vraiment, il navigue si je puis dire dans un univers marin, Gildwin : Les légendes océanes, le titre donne le ton…
Il est publié aux ED JOS, éditeur breton pour lequel j’ai réalisé des dizaines et des dizaines de cartes postales humoristiques.
Gildwin, jeune homme, part à la suite d’une dispute avec sa bien-aimée Azilis, à la rencontre des personnages ou héros des Légendes… et… chemin faisant il va effectivement rencontrer une galerie de personnages étranges et divers qui vont l’embarquer dans une non moins étrange aventure au cours de laquelle il vivra les légendes dont il souhaite dès le départ en devenir le dépositaire, le conteur.
J’ai pensé plus intéressant de faire vivre les légendes aux héros et ainsi en devenir le créateur, que de raconter ces mêmes légendes ce qui a été fait moult fois… Là également la psychologie des personnages n’est pas aussi linéaire qu’il n’ y paraît et dans le second album que je dessine actuellement, le lecteur comprendra que les héros ne sont peu — être pas ce que l’on croit qu’ils sont. Dans ce premier opus, Les Légendes Océanes, tout se met en place pour la suite: Le Conteur Magnifique.

Tu as récemment reçu le grand prix au festival Illzach, peux-tu plus nous en parler ?

Oui, c’est très flatteur et j’en suis bien sûr honoré et heureux d’autant qu’il y avait un beau jury. C’est la reconnaissance de mon travail et aussi, je pense, beaucoup d’amitié de la part de mes collègues qui m’ont élu.
Il s’agit là d’un des plus importants festivals de l’hexagone et même européen, donc ce n’est pas rien et je me dois de réaliser une affiche digne de ce prestige.
D’aucuns me disent que ça sent le sapin non sans malice et je réponds que les planches que je préfère, sont les planches de Bande Dessinée.
En tous les cas j’ai pour mission de réunir un maximum d’amis et auteurs de grands talents et je m’y emploie avec passion. Je pense que ce prochain festival d’Illzach, qui fêtera ses trente-cinq ans d’existence, réunira un beau plateau d’auteurs.

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Si tu étais un héros de bande dessinée, lequel voudrais-tu être ?

Holàlà… je préfère de loin être le vilain manipulateur qui dans son atelier va imaginer toutes les situations tordues qu’il va faire subir à ses héros, pour le plus grand plaisir, le rêve, et l’amusement des lecteurs, je l’espère…

Quelques unes de ses œuvres…

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