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Guillaume
Écrit par
blogueur
24 avril 2016 |  1 like   |  89 vues

L’odeur des garçons affamés, western et poésie…

Doit-on encore présenter Frederik Peeters ? Auteur prolifique et au parcours impeccable, ayant percé grâce à une autobiographie précieuse (Pilules bleues), il s’est par la suite imposé en signant régulièrement des collaborations (Koma avec Wazem, Château de sable avec Levy, RG avec Dragon) de haute volée, mais aussi des titres sur lesquels il officie seul (Pachyderme, Aâma, Lupus). Une seule constante : la qualité. Il collabore ici avec Loo Hui Phang, auteure discrète mais au parcours intrigant, ayant signé le scénario du Prestige de l’uniforme, dessiné par Hughes Micol (entre autres).

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Oscar est photographe, et pour une raison obscure, il participe à une expédition dans le grand ouest, sur les terres comanches, avec comme seule compagnie Milton, le jeune boy à tout faire, et Stingley, le géologue qui dirige leurs pas. S’il découvre peu à peu les projets cyniques et la misogynie terrible de son patron, Oscar se lie rapidement d’une amitié biaisée avec Milton, qui semble lui-même cacher des secrets bien trop grands pour son jeune âge…

1908_P2Nous le disons depuis un moment, que ce soit sur ce blog ou en boutique, mais le western est définitivement en plein boom. Peeters, qui se fiche des modes comme d’une guigne, ne s’en est probablement approché que parce que le scénario que lui proposait Phang était d’un calibre unique en son genre. Dense et étrange, mêlant bizarrerie et poésie, fantastique et romance, le tout nimbé d’un goût prononcé pour les amours interdites, ce livre frappant est aussi une ode à la nature, et confronte l’humain à ses racines. Mélangeant allègrement un portrait naturaliste de personnages piquants mais crédibles et une forme d’animisme mystique qui surprend par son ampleur, l’aventure que va vivre cette avant-garde bricolée de la modernité occidentale s’avère aussi violente que métaphorique. Car si le sang coule, ce n’est pas forcément la nature qui l’a voulu. Mais ces imbéciles de colons qui voudraient plier le monde à leurs vues doivent, un jour, en payer le prix.

Pour illustrer une histoire aussi tourbillonnante, Peeters creuse le sillon déjà ouvert dans Aâma, son ouvrage précédent 1908_P7(et saga de SF mystique proprement fabuleuse). Et s’impose définitivement comme l’un des formalistes majeurs de la BD contemporaine. Son découpage est précis et sans fioriture, son dessin d’une humanité folle, et ses couleurs renversent la table : difficile de lâcher une planche des yeux tant elles vibrent. L’ambiguïté qui caractérise les relations entre les personnages trouve une nouvelle profondeur grâce à la subtilité du graphisme, et à ces yeux vivants, reconnaissables entre tous.

Une fois encore, il faut en convenir : Peeters ne déçoit pas. Il fait partie de ces auteurs qui, sans aller dans la facilité, arrivent à surprendre le lecteur, sans pour autant le perdre. Et quand il choisit de travailler en tandem, il n’en perd pas pour autant sa singularité (ce qui ne retire rien au travail fantastique de Phang, bien évidemment). Le public – adulte – de Undertaker ou Lucky Luke sera certainement désarçonné, mais le résultat mérite cet effort. Une perle, et d’ores et déjà un indispensable de l’année 2016 !

 

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I.A. Rabbin & F. Peeters
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