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Luc
Écrit par
blogueur BD
15 juillet 2018 |  3 likes   |  39 vues

Sexe, Loup et bien sûr Squeele ! PT.2

Florent Maudoux est un dessinateur aux multiples talents. Auteur de l’excellente série Freaks’ Squeele, des spin-offs Funérailles et Rouge (dessiné par Sourya) chez Ankama Édition, nous l’avons interviewé lors de la présentation du jeu de rôle adapté de son univers à la convention de jeu de rôle Octogones à Lyon, en Septembre 2016.


Credit photo : Claude Truong Ngoc


Comment passe-t-on de professeur de mathématiques à dessinateur professionnel ?

Le hasard de la vie. Tu vois un reportage à la télévision dans lequel il est dit que ça existe, tu peux gagner de l’argent tout en étant dessinateur. En 6 mois je plaque mon cursus de Mathématiques, je chope un DEUG (équivalent Bac +2) avec lequel je ne ferais jamais rien et je bifurque en prépa graphique. J’entre aux Gobelins (ndlr : École parisienne mondialement connue dans le domaine de la bande dessinée et de l’animation) pour faire de l’animation. Voilà comment on change de vie. Ce que j’ai beaucoup aimé durant ma formation aux gobelins, c’est que les professeurs nous voyaient tous comme de futurs réalisateurs, des futurs créatifs et non juste des exécutants de l’animation … Ils ne nous ont jamais obligés à nous couler dans une culture ou un style spécifique.

Tu as travaillé chez la marque de figurines Rackham, serais-tu tenté de lancer une gamme de figurines sur l’univers de Freaks’ Squeele ?

Oui, ça me plairait énormément, peut-être que des opportunités vont s’ouvrir dans les mois à venir. Mais j’ai appris à ne plus rien tenir pour acquis et à laisser les choses se passer.

Ça me plairait, mais j’ai beaucoup de projets à écrire avant. Au niveau culturel, une bande dessinée, un roman, des dessins, des règles de jeu de rôle sont plus gratifiants qu’une figurine. Je préfère passer le temps que j’utiliserais pour réaliser une figurine à dessiner ou travailler sur des projets écrits.

Qu’est-ce qui t’as amené à dessiner pour la première fois ?

Le déclic fut la consommation de produits culturels populaire : les dessins animés du club Dorothée, les jeux de rôles, les jeux vidéos … Il y a des titres comme « Akira » qui ont modifié ma vision de la bande dessinée. Avant ça, j’ai aussi dévoré énormément de BDs franco-belges classiques et aussi des Picsou Magazine. J’adorais ça quand j’étais plus jeune.

L’époque Don Rosa ?

Oui, malgré son statut pop-Disney, j’ai toujours trouvé son côté narratif intéressant. Il était là pour raconter une histoire et la faire partager.

Dans Freak’s’ Squeele, tu aimes jouer avec les archétypes en les détournant. Comment présenterais-tu ta bande dessinée en quelques mots ?

C’est un trio d’apprentis héros un peu foireux qui s’inscrivent dans une école de super-héros avant de se rendre compte que c’est une école de super-vilains.

C’est des jeunes qui sont paumés et qui cherchent à trouver un but. En plus, ils sont des archétypes de méchants et vont devoir se défaire de cette image afin de devenir des Héros. Comment faire comprendre aux gens qu’ils sont humains même s’ils ont l’air de monstres ? Surtout quand ils vont se rendre compte qu’ils sont dans une école de méchants. Comment vont-ils le gérer ?

On réfléchit beaucoup à l’acceptation de soi-même. Oui, je me suis inspiré de mon passage à la FAC où moi-même j’étais un peu perdu, à vouloir faire des mathématiques pour une espèce de facilité, pour me conformer à ce qu’on attendait de moi. Comme je n’étais pas trop mauvais dans mes études, on attendait de moi que j’y aille et j’y suis allé bêtement sans penser à ce que je pourrais réellement être.

L’histoire de Freaks’ Squeele était déjà clairement définie dès le départ ou tu t’étais laissé une marge de liberté ?

Oui, j’avais une idée vague de la fin. Je savais comment cela devait se terminer mais le développement, je le voulais “organique”. Laisser les personnages et leurs personnalités guider l’histoire. Tu ne peux pas tout écrire à l’avance sinon ça devient très mécanique. Je voulais que ce soit surprenant. Je n’aime pas reproduire toujours la même chose, ça m’ennuierait profondément. Mélanger des choses bizarres ensemble et le faire vivre de façon cohérente, c’était très amusant. C’était le but de la série.

Qui est Funérailles ?

À l’origine, c’était un personnage qui faisait partie du trio principal. J’en ai parlé à ma femme et elle m’a dit : « Ah non il est trop complexe, trop dark par rapport a ce que tu as déjà écris. Je le verrais mieux dans la génération d’avant. En faire un professeur. » J’ai réfléchi à lui en tant que professeur et tout est arrivé naturellement. Même s’il n’est pas a proprement parlé un professeur puisqu’il ne vient pas faire de cours, mais il est le mentor des héros. Il est plus âgé et c’est lui qui les guide. Il ne leur dit pas ce qu’il faut faire, car il ne doit pas leur couper les ailes. Ils doivent rester libres de leurs choix. C’est ce qui m’a amené à le développer dans un spin-off.

Car à l’origine, je devais faire un flash-back dans Freaks’ Squeele pour raconter sa jeunesse et il s’est avéré que ça aurait pris plus d’un tome au moins et le ton de ce passage aurait dérouté les lecteurs. Quand tu as instauré un ton à ton histoire, tu ne dois pas trop en sortir. Tu peux écrire des petits trucs surprenants mais c’est comme une danse, tu ne peux pas passer de 3 temps à 4 temps, sinon tu perds ton partenaire. Faire une série différente me permettait d’instaurer une manière aussi différente de raconter l’histoire. Je m’amuse bien et ça me permet d’avoir une soupape par rapport au story-telling de Freaks qui est peut-être un peu moins dense. Funérailles est aussi plus construit dans le développement, car je sais où je dois aller, je n’ai pas le choix.

Quel conseil donnerais-tu à une personne qui voudrais se lancer dans la bande dessinée ?

De beaucoup travailler. Le dessin n’est pas forcément très important, le storytelling c’est tout.

Il faut raconter des histoires et les soumettre à un public, toujours être à l’écoute des critiques sans pour autant effacer son ego et ses ambitions d’auteur.

Quand je dis « beaucoup travailler », ce n’est pas forcément de dessiner quelque chose de très académique. C’est amusant d’ailleurs, car on m’associe souvent à du dessin académique alors qu’en fait, c’est juste que je n’aime pas le vide. Je n’aime pas bâcler mes planches. Il faut travailler énormément pour arriver à dessiner comme Sébastien Vivès même si ça à l’air, au premier abord, très simple d’apparence. Le dessin est là pour accrocher le lecteur mais pour le garder, c’est ton histoire. Pour apprendre à dessiner, il faut apprendre à observer le monde, regarder les gens qui marchent, la façon dont ils se tiennent… Tu picores dans le réel pour raconter ton histoire.

La genèse du projet Jeu de Rôle Freaks’ Squeele ?

J’avais pas mal de projet jeu de rôle, jeux vidéo, dessin animé et chaque fois ce n’était pas évident, car on peut se tromper souvent sur les autres et sur soi-même. J’ai compris mes limites et j’ai dit que je me concentrais sur la BD et l’écriture …

Céline est venu me voir avec son projet de jeu de rôle. Je connaissais bien le jeu de rôle en général puisque j’y jouais avant, mais je n’osais pas me lancer de peur de me planter. Elle était avec une boite sérieuse qui connaissait son boulot. J’ai rencontré Stéphane Gallay alias “Alias”, ensuite tout le reste de la Team : Yann, Antoine et Oliver. De fil en aiguille, on à commencé à monter un jeu de rôle sur mon univers. Tout s’est bien passé, car nous avons des références communes. Je suis très fan de leur travail. Le système est vraiment adapté aux aventures que des étudiants qui sont amenés à collaborer pourraient vivre. De plus le style littéraire d’Antoine et Alias colle à fond au côté un peu fou de Freaks. Le système est vraiment parfait pour à cet univers.

(Le JdR est produit écrit par 2D Sans Face et édité par Ankama)

Si tu étais un personnage de fiction, tu voudrais être lequel ?

Ranma parce qu’il peut être ce qu’il veut.

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