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Guillaume
Écrit par
blogueur
30 janvier 2016 |  0 like   |  7 vues

Festival d’Angoulême 2016, le point !

Alors que s’achève la grand-messe de la BD mondiale, sise en Angoulême depuis maintenant 42 ans, il convient d’en faire un petit tour. Car comme chaque année, rien n’est simple, dans un festival qui déchaîne les passions et les polémiques !

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Première information d’importance, le Grand Prix est venu chercher sa statuette ! Alors que tout le monde craignait qu’aucun des trois finalistes n’accepte sa breloque et les honneurs qui l’accompagnent, Hermann, alias Hermann Hupen, a bien fait le déplacement. Mais ce grand prix, pour honorable et légitime qu’il soit, restera entaché d’une polémique elle aussi légitime; en effet, depuis 2013, tous les auteurs de BD recensés sont invités à voter pour leurs favoris au Grand Prix (un prix couronnant l’œuvre globale d’un artiste, et pas seulement un album ou une série) parmi une liste établie par les anciens grands prix. Pour l’année 2016, parmi les 30 auteurs choisis, aucune femme. Se cachant derrière des excuses discutables, le directeur du festival doit baisser les armes face à la fronde lancée par un collectif d’autrices (et appuyée par de nombreux auteurs masculins, dont une dizaine des sélectionnés), et laisse champ libre aux auteurs pour sélectionner eux-mêmes leur poulain. Après dépouillage, et un probable tri selon les règles du festival (Brétecher, certainement citée de nombreuses fois, n’est ainsi pas éligible pour avoir obtenu un prix spécial lors du dixième festival), le trio de tête est composé d’Alan Moore, une fois encore, mais aussi de Claire Wendling et Hermann. Si Moore fait consensus (auteur de Watchmen, V pour Vendetta, Top 10, From Hell…), il refuse depuis de nombreuses années de prendre part au moindre festival, et refuse par principe tout prix. Claire Wendling, de son côté, se sent visiblement prise en otage par le contexte, et souhaite qu’on lui fiche la paix (appelant ses soutiens à ne pas voter pour elle, et ses détracteurs à aller se faire voir ailleurs). Il faut dire que la brièveté de son œuvre publié (une série de 5 tomes) semble la désavantager, mais il convient aussi de rappeler que, si la série en question, Les lumières de l’Amalou, est aujourd’hui un peu oubliée du grand public, elle reste un moment fort des débuts de la maison d’édition Delcourt, et a eu un impact certain sur toute une génération d’auteurs. Hermann, quant à lui, ne courait pas après les prix, et n’espérait plus gagner celui-ci tant certains anciens grand prix semblaient ne pas vouloir le lui donner. Eh bien, cette année fut la bonne, et si les modalités du vote laissent songeur, le résultat est indiscutable pour tout amateur de BD : Hermann, auteur prolifique et professionnel exemplaire, à la tête d’une production de plus de 100 livres en 50 années de carrière (Jeremiah, Comanche, Les tours de Bois Maury…), mérite un tel prix, par sa ténacité et l’importance de son travail. S’il n’a guère fait école, son style étant très singulier, un auteur aussi majeur que François Boucq se réclame régulièrement de lui, et bien d’autres l’acclament depuis des années. Une erreur est réparée, la prochaine concernera peut-être un léger rééquilibrage de genre, allez savoir…

Suit un Palmarès de haute volée, comme souvent orienté vers la BD d’auteur.

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Le fauve d’or, prix du meilleur album, va à ICI, de Richard McGuire. Livre à l’esthétique brillante et au propos fouillé (l’histoire et l’Histoire vu à travers le prisme d’un lieu, d’une habitation), Ici est l’une des surprises de l’année 2015, comme fut Alpha Directions en 2009. Réimprimé par les éditions Gallimard à plusieurs reprises, salué par la presse, il trouve ici un couronnement international qui en fait un essentiel.

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Le prix du public va à Cher pays de notre enfance, fresque historique documentée et au propos parfois dérangeant. Signé Étienne Davodeau (habitué aux prix, avec notamment un autre Prix du public en 2006 pour Les mauvaises gens) et Benoît Collombat, journaliste, voici un ouvrage qui secoue l’image d’Épinal d’un Général De Gaulle parfois idéalisé, mais dont la politique intérieure ne fut, évidemment, pas exempte de tout reproche. Ce prix appuie encore un peu le concept et la qualité éditoriale de La revue dessinée, qui souhaite explorer l’actualité ou l’histoire de façon poussée, sous forme de BD. Une nouvelle réussite aux éditions Futuropolis.

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Le prix du jury va au monumental Carnet de santé foireuse, de Pozla. Sortie dans un format atypique (gros pavé carré de 400 pages, publié chez Delcourt), cette autobiographie d’une humanité et d’une drôlerie redoutables inspecte de l’intérieur la Maladie et ses conséquences sur la vie du malade et sa famille. J’en ai parlé ici, et c’était déjà l’un de nos coups de cœur du rayon, à Lausanne !

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Le prix de la série touche – enfin – le grand public, avec Miss Marvel, excellente relance du personnage par Gwendolyn Willow Wilson et Adrian Alphona. Miss Marvel, c’est un peu le Spider-Man au féminin des années 2010. Car enfin, on oublie que le comics de Stan Lee et Steve Ditko était certes célèbre pour ses aventures dingues et les super-pouvoirs du héros, mais la vie au quotidien et les affres de l’adolescence n’étaient jamais très éloignés. Même principe ici, avec en plus les petits soucis induits par la confession musulmane d’une héroïne comme vous et moi… Une réussite majeure dans le label Marvel Now des éditions Panini.

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Une étoile tranquille, de Pietro Scarnera, reçoit quant à lui le prix de la révélation. Biographie de Primo Levi, chez un éditeur indépendant et prestigieux (Rackham), cette traduction de l’italien est passée légèrement inaperçue jusqu’ici, et va désormais profiter d’une bien meilleure exposition médiatique.

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Le prix du patrimoine couronne la publication osée de Vater und Sohn (Père et fils), signé Erich Ohser, aux éditions Warum. Voici en effet un ouvrage reprenant des strips poétiques et intemporels, mettant en scène un père quelque peu colérique, et son fiston parfois gaffeur et rêveur. Petit détail : ces strips furent publiés pendant la seconde guerre, par un auteur anti-nazi, dont le travail fut « calibré » durant le conflit par son gouvernement. Ohser fut arrêté en 1944 par la Gestapo, pour propos défaitistes, et se suicida dans sa cellule.

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Tungstène, roman graphique sombre et vénéneux de Marcello Quintanilha, est quant à lui titulaire du fauve Polar SNCF. Les éditions Çà et Là font une fois de plus preuve de clairvoyance, en publiant cet ouvrage cru et sans concession, se situant dans le Brésil contemporain.

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Laurence 666, des éditions Mauvaise Foi, remporte lui le prix BD alternative. Un collectif formellement soigné, que je n’ai malheureusement jamais eu en main. À découvrir rapidement !

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Et enfin, car il faut bien finir ce palmarès, et que ce ne sera une surprise pour personne, Le grand méchant renard, de Benjamin Renner, remporte le prix Jeunesse. Déjà BD de l’année 2016 pour le réseau FNAC, une nouvelle breloque est à poser sur le manteau de la cheminée, pour un auteur sous la lumière, et les éditions Delcourt / Shampooing qui confirment leur tenue éditoriale.

Un palmarès de haute volée, parfois pointu et inattendu, mais qui promet de belles découvertes ! À retrouver en magasin, dès que nous aurons reçu des quantités décentes, évidemment !

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