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Luc
Écrit par
blogueur BD
16 octobre 2016 |  7 likes   |  113 vues

Féminisme et bandes dessinées

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Qu’est-ce que le féminisme ? Comment est-il né ? Pourquoi en entend-on encore parler régulièrement aujourd’hui alors que les luttes qui ont marqué sa naissance semblent avoir été gagnées, en tous cas en Occident ? Mais l’ont-elles été vraiment ? Et ailleurs qu’en Occident, qu’en est-il ? Le féminisme fait partie de ces mots trop riches pour être pleinement compris en une simple définition de dictionnaire.

Il était normal de rendre justice à ce mot beaucoup trop utilisé entre guillemets ou décrié à tort et à travers, noble tâche à laquelle se sont consacrés les auteurs des ouvrages qui vont suivre.

Nous vous proposons trois livres pour établir une vue d’ensemble sur le sujet. Le premier nous permettra de réfléchir à la définition, le deuxième offrira des exemples et le troisième, cerise sur le gâteau, reviendra sur un des personnages emblématique de la lutte des femmes pour l’égalité…

Petite précision, ce billet est là pour vous présenter ces livres, mais il en existe beaucoup d’autres, comme « Commando Culotte » de Mirion Malle ou « Les crocodiles » de Thomas Mathieu qui abordent encore d’autres facettes du sujet et valent le coup d’être lus…

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1-La définition du féminisme :

La bibliothèque du savoir : Le feminisme D’Anne-chalortte Husson et Thomas Mathieu

J’aime bien cette collection riche en thématiques et en contenu des éditions « le Lombard ». Elle a le mérite de traiter d’un sujet de façon à la fois complète et concise et de donner aux lecteurs une bibliographie thématique en fin de livre pour aller plus loin dans leur réflexion.
Ici, la scénariste Anne-Charlotte (auteure du blog « Genre! ») décortique le féminisme à l’aide du dessin précis de Thomas Mathieu, connu pour son livre « Les crocodiles » et son blog consacrés aux violences quotidiennes que subissent les femmes.

Quelle est la différence entre le genre et le sexe ?
A quel moment devient-on femme ? Avant la naissance ou après la construction liée aux pressions de notre société (couleur rose pour les filles et bleu pour les garçons, rôles sociaux et métiers genrés) ?
Le livre se découpe suivant sept slogans ou citations représentés sur la couverture. Nos deux auteurs abordent successivement les difficultés de reconnaissance des femmes dans la vie politique (droit de vote, manque de représentation des femmes politiques) et la vie quotidienne (accès aux hautes écoles, plafond de verre, violences conjugales, respect, racisme, incompréhension).

Le livre est écrit de façon à faire réfléchir la lectrice/le lecteur. Il ne donne pas de réponse toute faite mais est là pour expliquer, donner les cartes nécessaires à une meilleure compréhension du sujet et non imposer un point de vue.

Un mouvement qui a dû mieux se définir au cours du temps

Un des soucis auquel s’est retrouvé confronté le mouvement féministe est l’intersection avec le racisme et l’invisibilisation des femmes non-blanches et de leurs problèmes propres liés au racisme. . La théoricienne Kimberlé Crenshaw inventera le nom d’Intersectionnalité pour permettre d’inclure »les différentes facettes et la complexité de la personnalité d’une personne ». Il existera aussi entre autre « Le Black Feminism ».
La couleur, mais aussi l’orientation sexuelle pouvaient entraîner des discriminations particulières qu’il a été difficile mais crucial de prendre en compte.
La plume d’Anne-Charlotte fait toujours mouche et démontre l’absurdité de cette supériorité masculine à travers des exemples concrets de drames, des citations et en peignant la vie de personnages féministes célèbres. « Ce que veulent les femmes c’est d’être écoutées », est une des phrases du livre qui résume le mieux ce sujet.

Bienvenue dans un monde nouveau…

Si vous n’aviez pas encore pris conscience de ce problème de société, après la lecture de cet ouvrage, vous ne verrez plus l’histoire et le monde de la même manière, vous aurez avalé la pilule bleue de Morpheus de « Matrix »…
Ce petit livre (il tient dans la poche d’un pantalon unisexe) est parfait pour avoir une première vision complète du sujet et ainsi de pouvoir répliquer face à ceux qui pensent encore que l’inégalité des sexes est une fable.

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2-Des exemples

Culottées t.1 Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent, de Pénélope Bagieu aux éditions Gallimard.

Le ton est donné dans le titre. Pénélope Bagieu revient une nouvelle fois en grande forme après son excellent « Calfornia Dreaming »avec une quinzaine de biographies présentant en 3 à 5 pages des portraits de femmes luttant ou manipulant leurs destins pour aboutir à d’impressionnants accomplissements. Elles utilisent toute leur force de caractère pour s’imposer dans un monde rempli d’inégalités.

« Des femmes qui ne font que ce qu’elles veulent »

Toutes ces biographies avaient déjà été publiées dans le blog « Culottées » de Pénélope Bagieux sur le site du journal « le Monde ». C’est un véritable plaisir de pouvoir les consulter dans ce livre richement illustré – on apprécie tout particulièrement les splendides illustrations pleine page de chaque biographie – sur un fort beau papier. La présentation est particulièrement réussie.
Le dessin de Pénélope Bagieu est fabuleux et sa maîtrise des expressions atteint des sommets. Si vous êtes friands de destins extraordinaires mais méconnus, précipitez-vous sur cette mine d’informations. De l’actrice du « magicien d’Oz » Margaret Hamilton, classée 3e méchante du cinéma après Dark Vador et Hannibal Lecter à la femme à barbe Clémentine Delait tenancière d’un bar en passant par des reines, peintre, gynécologue, gardienne de phare… Vous aurez de quoi débattre durant les longues soirées d’Hiver.

Du portrait à la critique sociale

La force de Pénélope Bagieu est aussi de dénoncer avec une pointe d’humour les conditions de vie des femmes durant ces périodes. C’est juste, précis et son ouvrage apporte un bon complément à celui de la petite encyclopédie du savoir. Il pourrait être reproché le traitement rapide de certaines biographies que l’on aurait aimé creuser un peu plus mais comme pour le livre sur le féminisme précédemment chroniqué, rien ne vous empêche d’aller fouiner par vous-même. Sachant que ce n’est que le premier tome, je me réjouis de la suite.

En Bref…
Pour ceux qui aiment faire la lumière sur d’incroyables personnalités oubliées hautes en couleurs ou les simples curieux, n’hésitez pas à dévorer cette bande dessinée qui vous en apprendra beaucoup.
De plus si je vous dis qu’il est rare qu’il soit mentionné dans le même livre, le magicien d’Oz. la répression en république dominicaine, la lutte contre les Portugais en Ndongo et les Moomins, avouez que c’est un bon argument !

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3-Une des pionnières :

Olypmpe de Gouges de Bocquet José-Luis et Catel

Nous finirons cette thématique par la réédition chez Casterman d’une bande dessinée du tandem José-Luis et Catel. Déjà auteurs de la biographie de « Kiki de Montparnasse », le duo s’intéresse cette fois a la célèbre Olympe de Gouges, révolutionnaire et féministe.
La collection « Casterman écritures » est connue pour ses romans graphiques précis et richement documentés : Celui-ci n’échappe pas à la règle avec ses 80 pages de notices explicatives en fin d’ouvrage et ses plus de 300 planches sur une pionnière du féminisme et de l’anticolonialisme.

De Marie Gouze à Olympe de Gouges

L’histoire débute par la conception de Marie, future Olympe, en 1748 a Montauban. Fruit d’un adultère entre sa mère Anne-Olympe (mariée au boucher Pierre Gouze) et le marquis Jean-jacques Lefranc de Pompignan, la petite Marie va recevoir une éducation lui permettant plus tard de se fondre dans la haute société parisienne sans aucun souci.
Alors qu’elle n’a que 17 ans et demi, elle sera mariée a un traiteur parisien du nom de Louis-Yves Aubry. Un mariage arrangé (les époux ont 30 ans d’écarts) qui se terminera à la mort accidentelle de son mari un an plus tard. De cette union, elle aura un fils, Pierre Aubry. Elle décidera de ne a se remarier afin de garder la possibilité de publier ses œuvres sans avoir besoin du consentement d’un éventuel époux. Marie décide de quitter Montauban mais aussi de changer son nom complet et d’y ajouter une particule. Elle s’installe avec son fils à Paris chez sa grande sœur et continue à écrire.
Indépendante, elle créera sa propre troupe de théatre politique afin qu’elle puisse gérer les décors et les artistes. Elle rencontrera Jacques Biétrix de Rozières, avec qui elle entretiendra une relation amoureuse et qui lui servira de mecéne.

Une personnalité gênante
Nous n’allons pas raconter sa vie en détail, le livre est suffisamment riche. Il est important de souligner la force et le courage de cette femme qui s’est battue pour des valeurs qui peuvent nous paraître évidentes maintenant, mais qui ne l’étaient pas à son époque.
Elle s’illustra dans plusieurs combats au cours sa vie, dont deux qui lui coûteront cher : sa lutte contre l’esclavage et celle pour les droits des femmes. Pour le premier en 1792, elle écrivit une pièce de théâtre « L’esclavage des noirs, ou l’heureux naufrage » et rédigea pour le second la déclaration des droits de la femme et de la citoyenne. Tout le monde connaît sa phrase célèbre « La Femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la Tribune ».
Une phrase tristement prémonitoire puisque l’histoire d’Olympe s’achèvera avec son exécution en 1793. Elle a alors 45 ans. Discréditée après sa mort, il a fallu attendre la fin de la seconde guerre mondiale, pour qu’Olympe sorte des limbes de l’histoire et soit de nouveau honorée à sa juste valeur. Une femme en avance sur son temps, qui n’a jamais fléchi et qui est morte pour ses convictions.
La dessinatrice Muller Catel sublime cette histoire avec un traitement en bichromie qui donne une légèreté particulière au dessin et offre un travail d’éclairage particulièrement ingénieux. Associé à une mise en page remarquqblement claire, son dessin souligne superbement le riche scénario de Bocquet.Vous l’aurez compris, ce roman graphique est une incroyable histoire à partager et à offrir en cette fin d’année.

En conclusion

C’est avec cet ouvrage que se ferme cette mini-rétrospective consacrée aux bandes dessinées sur le féminisme sorties ces derniers mois. J’insiste une nouvelle fois, outre ces excellents ouvrages, il existe de nombreuses références traitant sur ce sujet et qui valent le coup d’être lues. Je n’hésiterais pas à vous suggérer des titres si vous me les demandez dans les commentaires.

One Response to “Féminisme et bandes dessinées”


N.B
18 octobre 2016 Répondre

Quelle 1ere entrée en matière. Une autre, une autre !!!!

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