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21 avril 2013 |  0 like   |  2 vues

Un jour de chance (2012) +12ans. Alex tire à « feu nourri » sur l’Espagne du 21ème siècle… et le moins que l’on puisse dire est que cela résonnera longtemps dans votre cerveau !

Voici la dernière réalisation d’un auteur dont la folie est égale à l’engagement social qu’il entretient dans ses métrages, j’ai nommé Alex de la Iglesia ! Plus connu à l’intérieur de nos frontières grâce à son Crime Farpait – premier de ses films à nous être proposé sur grand écran et ayant par  même conquis presse et spectateurs – qui avait en quelque sorte fait découvrir un artiste à l’humour noir ravageur ne délaissant jamais l’émotion et l’envie de conter des histoires souvent cruelles mais toujours touchantes. Son nouveau bébé se nomme Un jour de chance, et c’est toute la société actuelle espagnole et ses maux qui vont en prendre pour leur grade en suivant le destin d’un homme au chômage, perdu, dont la vie va basculer lors d’un moment d’égarement identitaire profond. Lui qui cherchait seulement à se raccrocher à son bonheur passé…

Je vous l’avoue tout de suite, en découvrant ce nouveau né j’ai été assez dérouté. L’auteur adore se trouver là où on ne l’attend pas ! La question qu’il faut donc se poser est : est-ce dans la veine de ses anciens films ?

Difficile de répondre de manière catégorique tant au fur et à mesure de ses réalisations le cinéaste a fait évoluer son univers pour atteindre la maturité de ce dernier. Sa plus grande réussite est certainement d’avoir su canaliser ses pulsions et ses coups d’éclats passés afin de toujours nous engager sur des terrains glissants, politiquement et humainement engagés. Ici, il ne se casse jamais la figure dans le grand-guignolesque ou la surenchère qui le privait jadis d’une partie du public. Depuis son Jour de la bête – dans lequel un prêtre se devait de commettre le plus de pêchés possibles afin de rencontrer l’antéchrist -, jusqu’à Balade Triste – qui voyait deux clowns durant la guerre civile se battre pour les faveurs d’une femme -,  on pourrait analyser son cinéma en comptant ses effusions gore ou en débattant sur ses pétages de plombs réguliers, reculant parfois les limites de la bienséance avec rage. Mais ce serait comme cataloguer Madame Bovary dans la collection Arlequin. Un manque d’envie de comprendre cet auteur si particulier, à l’enfance meurtrie par le Franquisme, essayant avec toute l’énergie qui l’habite de s’affranchir et faire taire les fantômes de son passé… alors qu’on prend conscience dans cette dernière réalisation que l’avenir est probablement encore pire. Ici, ses cris du coeur sont peut-être plus calculés et moins choquants, mais quand ils tombent, c’est tout l’univers qui s’effondre, accompagnant notre âme et notre coeur meurtris. Et ça fait d’autant plus souffrir. Comme si en l’espace d’un seul film la révolte folle s’était transformée en une déprimante acceptation de l’horreur dominant notre société actuelle. Comme si seule une apocalypse pouvait nous sauver de la chute.

Au fond, la force de cette petite histoire qui fait vivre ce Jour de chance est finalement de nous montrer la barrière humaine de chacun face à l’argent ainsi que face aux responsabilités qui leur incombent. Mais aussi d’aborder les limites morales à bien des niveaux, les médias en première ligne ! On pense notamment à cette tragédie qui avait secoué la Colombie et le monde entier en novembre 1986 avec cette fillette du nom de Omayra Sanchez dont l’agonie de trois jours – coincée dans une coulée et accrochée à une barre de fer – avait été diffusée sur la presque totalité des chaînes et médias de la planète !!!

Moi qui croyais me lancer dans une bonne tranche de rire jaune bien engagée,  je me suis retrouvé face à une satyre sociale encore plus en phase avec la triste réalité qui régit notre monde actuellement : celle du profit. Quitte à marcher sur son prochain afin d’agripper le billet de mille inaccessible. Pas forcément celui qui nous fera vivre mais celui qui nous enrichira et nous donnera l’impression d’avoir « réussi à dompter les autres » comme le scande haut et fort le personnage principal, pensant être passé du statut de moins que rien à celui de superstar grâce à son accident. Pas beaucoup de moments drôles, donc, à part quelques uns pour relâcher une tension terrible – on n’est pas là pour ça- mais une vision acerbe de l’Espagne actuelle, du système et de ceux qui l’occupent, débouchant sur un film d’une haute tenue, riche – comme la vie – en émotions. Et bien plus profond qu’il n’y paraît.

Bref, un film piquant et ultra abouti que je ne reverrai pas avant un long moment vu le poid moral et l’intensité de l’entreprise. Il me fait tout de même me réjouir du prochain méfait du réalisateur, revenant à ses amours passées, dans un divertissement à l’humour noir et ravageur nommé Las brujas de Zugarramurdi !

Un dernier mot sur d’éventuels bonus ou différentes éditions ?

Oui, mais non, car pour seul choix vous aurez celui de vous procurer l’unique dvd (il faudra être Espagnol pour prétendre à le voir en HD) proposé, absolument nu de tous bonus à part un micro sujet sur son auteur. Décevant mais le film se suffit amplement à lui-même !

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