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24 juillet 2013 |  0 like   |  23 vues

Un comics qui dé-scalpe !

L’été est toujours propice, pour nous autres libraires, à rattraper notre retard de lecture. Car oui, il sort tellement d’albums durant le reste de l’année, qu’il nous est presque impossible de lire la majorité d’entre eux. Et en cette fin juillet, je me suis replongé dans la série Scalped, que j’avais abandonné quelques années plus tôt, sous prétexte de « Ah, mais je vais attendre qu’ils sortent tout, comme ça je n’aurais pas à attendre entre chaque numéro ! », moto très connu des lecteurs patients. Et après avoir lu les 8 volumes republiés chez Urban Comics, je me suis dit que j’avais bien eu raison, heureusement que j’ai attendu avant de reprendre, car je n’aurai vraiment pas supporté d’attendre entre chaque épisode…

Scalped prend place dans une réserve indienne des Etats-Unis où le taux de violence rivalise avec celui de l’alcoolisme. Après plusieurs années d’emprisonnement, Dashiell Bad Horse revient parmi les siens. Réputé pour son tempérament fort et ses poings facilement extensibles, il va immédiatement rentré dans la Police Privé du chef Lincoln Red Crow, qui s’apprête à ouvrir un grand casino et qui a besoin de faire un peu de ménage dans la réserve, pour faire venir les riches joueurs. Seulement voilà, Dash Bad Horse est un agent double au service du FBI, qui cherche depuis des années à coincer Red Crow !

Scalped est une série exceptionnelle, digne du label Vertigo, sous lequel elle est éditée ! Si le graphisme de Guéra est sombre et élimé à souhait, retranscrivant parfaitement l’ambiance suante et saturée de la réserve, c’est le scénario qui ébloui par son suspens et son génie. Déjà auteur du reboot réussi  Punisher MAX (après Ennis, s’il-vous-plaît !) et de plusieurs runs tout aussi réussis de Wolverine, Jason Aaron signe ici sa meilleure histoire avec Scalped, grâce à une maîtrise des personnages époustouflante.

Chacun d’eux à un rôle a joué dans l’intrigue, qu’il soit mineur ou majeur, et chacun d’eux possède des nuances qui poussent au réalisme et à l’empathie : l’indétrônable et cruel chef Red Crow et son amour impossible, le colérique Dash Bad Horse et son insécurité infantile, la rebelle Gina Bad Horse et sa résignation, la superbe Carol Ellroy et son addiction au crack, le rêveur Dino Poor Bear et le poids de sa famille, etc. Chaque personnage possède son propre récit, qui vient souvent s’entrechoquer avec ceux des autres, créant ainsi des enjeux palpitants et plein de suspens. Car l’autre réussite de l’écriture de Scalped, c’est le rythme.

Calqué, volontairement ou non, sur celui des séries TV américaines, ce dernier est parfaitement calibré et créer plusieurs moments de tensions incroyables, de poésie inattendue, d’émotions prenant aux larmes et de conflits de « vie ou de mort ». Tout ce qu’on attend d’une bonne histoire, en fait : qu’elle nous prenne, nous embarque et nous fasse vivre des trucs nouveaux et passionnants.

La dimension, sociale, économique et politique de Scalped apporte une couche supplémentaire de réalisme à l’ensemble. Très bien documentée sur la véritable vie des Indiens d’Amérique dans ces réserves, la série dépeint un univers fermé, déprimant, sans avenir, où seul les drogues et l’alcool aident à oublier. Les liens familiaux, même s’ils sont forts au départ, s’en trouvent souvent érodés, voire tranchés. C’est dans une atmosphère telle que des luttes de pouvoirs émergent et tentent de renverser la situation, gérée par une administration américaine trop impliquée et des luttes intestines qui empêchent la solidarité.

Il est ainsi très difficile de poser un volume de Scalped et d’autant plus difficile de ne pas enchaîner avec le suivant. Et heureusement pour nous, la série s’est terminée en dix volumes aux Etats-Unis et devrait être finie d’être traduite en français, soit fin 2013 ou tout début 2014, le volume 9 sortant  en octobre.

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