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05 décembre 2012 |  0 like   |  2 vues

Tardi, son père, la guerre… et Noël !

Les fêtes sont déjà là et parmi le déferlement de nouveautés habituelles (XIII, Blake et Mortimer, Djinn, Thorgal…), certains éditeurs ont encore l’originalité de nous proposer des albums différents et passionnant. C’est la cas ici avec Casterman qui sort Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB, nouvel effort du grand Jacques Tardi, connu du public pour Adèle Blanc-Sec et Nestor Burma.

On connaissait déjà la fascination de Tardi pour la Première Guerre Mondiale, notamment avec Putain de guerre ! et ses illustrations de Mort à crédit et Voyage au bout de la nuit de Céline, mais cette fois-ci il s’attaque à la Seconde à travers le témoignage émouvant et précis de son père René, prisonnier de guerre, comme le titre l’indique.

Durant toute son enfance et son adolescence, Jacques Tardi écoute son père raconter de timides anecdotes sur ses quatre années d’emprisonnement sous le joug nazi. Puis en 1980, il lui demande de mettre ses souvenirs par écrit. Son père s’exécute alors et rempli trois cahiers d’écoliers d’une écriture fine et serrée. Et comme le dit Tardi dans la préface, son « vieux faisait dans le détail ». Il sait qu’il en fera quelque chose un jour. Puis, René Tardi meurt en 1986 et son fils réalise que malgré la quantité de faits accumulée dans ces cahiers, beaucoup de questions restent en suspens. Le temps passe encore et enfin en 2012 sort le premier volume de ce témoignage familial.

Car si on a beaucoup parlé des soldats médaillés, de l’holocauste et des résistants, la souffrance des prisonniers de guerre a, elle, été presque entièrement passée sous silence. Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB nous propose donc une immersion totale dans l’univers inhumain des prisons nazies. Entre tentatives d’évasion ratées, promiscuité étouffante et marché noir, la vie au Stalag IIB se rythme surtout par les appels du ventre. La faim est le plus cruel des fléaux, avec la maladie bien-sûr (45 000 morts entre 1941 et 1942 rien qu’au IIB). C’est ce qui revient le plus dans le récit: la faiblesse du corps et la nourriture immonde et insuffisante. « La soupe de poussière et les maudites kartoffeln », comme René Tardi les appelle. Puis, il y a aussi les autres prisonniers, ceux avec qui on se lie d’amitié, ceux à qui on veut refaire le portrait, etc. La vie du Stalag fonctionne comme n’importe qu’elle société, avec ses règles et surtout ses manières de les détourner. Un microcosme passionnant et douloureux s’étend sur ces 188 pages.

Véritable travail de mémoire pour Tardi, il se met lui même en scène en adolescent curieux. Il accompagne son père dans ses mésaventures et lui pose des questions qui souvent restent sans réponse. Il essaie de comprendre ce qu’il a vécu. Il veut savoir pourquoi son père était un homme furibond, frustré et peu affectif. Comment ce Stalag a détruit cet homme, son père ? Cet apport très personnel de la part de l’auteur nous fait découvrir un pan quasi-inédit de son talent : l’émotion. Et c’est ce qui donne à Moi René Tardi, prisonnier de guerre au Stalag IIB le petit plus indéniable, qui en fait une des meilleurs œuvres de Jacques Tardi.

Alors puisque les fêtes approchent et que, de toute façon, votre père va recevoir à triple le dernier Blake et Mortimer, le nouveau Tardi est plus que conseillé pour tout curieux qui se respecte ! et en plus,on vient d’apprendre qu’il fait parti de la sélection officielle du prochain festival d’Angoulême, alors…

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