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Écrit par
blogueur
20 mai 2013 |  0 like   |  1 vues

Severed : l’horreur et la surprise.

Depuis qu’Urban Comics a pris ses quartiers dans le paysage du comics traduit en français, ses éditeurs semblent friands du scénariste Scott Snyder. On l’a d’abord découvert avec l’intéressant Batman : Sombre reflet, puis avec le pas toujours juste American Vampire Legacy et plus récemment avec sa reprise de Swamp Thing dans The New 52’s. Mais c’est surtout grâce à son Batman : La cour des hiboux (et sa suite) qu’il a fait l’unanimité et a réussi à redorer le blason de Batman, comme seul Frank Miller ou Grant Morrison avait réussi à le faire. C’est aujourd’hui dans un nouveau domaine qu’on le retrouve avec le one-shot Severed, un comics indépendant cosigné Scott Tuft et Attila Futaki et édité chez Image aux Etats-Unis et chez Urban Comics en France, dans leur nouvelle collection riche en surprises : Indies.

Le Mal est partout… et surtout durant la grande dépression américaine des années 1920. Il se fait appeler Monsieur Porter, puis Monsieur Fisher. Il change d’identité comme de chemise. Il est cannibale. Il est vieux et raffole des enfants, car eux seuls ont encore des rêves et de l’espoir : les nourritures favorites du Mal. De son côté, Jack Garron, jeune en pleine fleur de l’âge, comprend enfin pourquoi il est si doué au violon. Il est en fait adopté et son père était un violoniste de talent. Depuis un an, il lui envoie des lettres et apparemment il vit à Chicago. Jack va fuguer et partir à la recherche de son père. Mais le Mal rôde et la route de Jack va bientôt croiser la sienne.

Enfin une vraie histoire d’horreur efficace et classique. Pas qu’on en a marre des histoires de zombies, mais au bout d’un moment…  Severed renoue donc avec les sources du récit horrifique. Certes, il y a certaines scènes violentes explicites et dérangeantes, mais Snyder ne force jamais sa chance et ne tombe pas dans cette facilité. Ces scènes ont un rôle narratif à part entière et contribuent grandement au suspense du récit et sa terreur ambiante. Car là est le mot clé de Severed : la terreur. Pour qu’elle soit efficace et nous remue bien les tripes, Snyder soigne ses personnages et va bien au-delà des clichés habituels, afin de les rendre familiers et surtout de nous rendre empathiques envers eux. Les affreusetés qui vont alors leur arriver n’en seront ainsi que plus choquantes et marquantes. Les thèmes abordés sont, eux, classiques mais correspondent à des préoccupations universelles et d’époque : la relation au père, les orphelins malfamés, la survie sur la route, l’amour naissant, la disette économique, etc.

Puisqu’on parle de l’époque, rendons un bel hommage au jeune dessinateur, encreur, coloriste hongrois Attila Futaki qui réalise pour Severed un travail colossal et impressionnant. Connu en Hongrie pour ces albums underground, il se fait repéré aux Etats-Unis quand il adapte en bande dessinée les romans à succès Percy Jackson. Entre photoréalisme et surréalisme, son style est unique, à mi-chemin entre un Eddie Campbell et un Bernie Wrightson, c’est dire ! L’ambiance mi-fantastique, mi-réaliste renforce encore plus le parti pris de l’intrigue et nous plonge dans une Amérique sale, triste et sans espoir. Les couleurs sont ternes, voguant entre le gris, le vert pâle et le jaune des vomissures. Il en ressort une dimension de malaise qui à chaque page nous enfonce un peu plus dans la mésaventure de Jack.  Le découpage narratif, lui, sait rester classique, mais sait aussi faire preuve de fulgurances graphiques quand les moments sont opportuns.

Severed est donc une très bonne surprise, qui nous fait vivre l’horreur comme très rarement, en mêlant terreur, Histoire et sujets humains. Snyder nous prouve qu’il est capable de sortir des super-héros et Futaki nous dévoile son extraordinaire talent. A noter qu’en fin de volume, on retrouve des bonus passionnants qui viennent parfaitement compléter le comics : les sublimes couvertures de Futaki, les croquis, les recherches photographiques d’époque, plusieurs work in progress de planches, un article sur le mythe de l’ogre et les habituelles pré et postfaces.

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