Écrit par
blogueur
29 janvier 2012 |  0 like   |  6 vues

Rencontre avec Miossec

La Bretagne, tout comme la montagne, ça vous gagne. L’impression la plus agréable que l’on a avec Miossec, c’est qu’il ne voit pas sa musique comme un métier. Il la vit. Hier plein de larmes, aujourd’hui plein de voix, Miossec a tiré un trait sur la boisson; mais quand même, il se méfiera toujours des gens qui s’assoient à table dans les bistrots. Interview pilier de bar.

Christophe, je sais que tu es un sympathisant de Groland. Ca va? Tu n’as pas eu trop de soucis à la frontière avec le passeport Grolandais?

(rires) Non non on n’a pas eu de soucis, on les avaient sur nous pourtant. Et effectivement, les mecs de Groland sont des amis, des collègues, puisque c’est Gustave de Kervern qui a réalisé le clip de « Chanson pour les amis ». J’ai même un rôle politique dans la présipauté de Groland, ils m’ont nommé ministre d’outre-mer. Ils m’ont trouvé un super poste là. Je connais bien l’outre-mer et je suis de Brest, donc ça tombe bien.

Justement, on doit dire Brestois, et pas breton. Explique un peu la différence à nos amis suisses…

Et oui, Brest est une ville magnifique fortifiée par Vauban, une base militaire française depuis la nuit des temps, une enclave linguistique. Tous mes ancêtres travaillaient dans l’arsenal et personne ne parlait le breton. Il y a une vraie frontière avec les bretons, et du coup ça ne me vaut pas que des amis…

C’est un peu l’opposition entre le marin ouvert et le bouseux des terres…

Oui même si le bouseux est aussi pêcheur. Par opposition, le brestois est plus dans la marine nationale, plus axé ouvrier marinier.

Quand on tape « Miossec » sur Google, on nous propose toujours des liens du style « Miossec bretagne, Miossec chanteur breton… ». Pour le coup, on a envie de leur dire: putain les mecs, faites un effort. Mais au moins, on sait que le mec qui a inventé Google n’est pas Brestois…

Ah ouais pour le coup, on le devine facilement (rires).

Mis à part ta parenthèse ministerielle à Groland, je sais que tu t’investis aussi au niveau de la politique communale. Un des ministres français (Brice Hortefeux) avait déclaré un peu maladroitement: « les auvergnats, quand il n’y en a qu’un ça va, c’est quand il y en a plusieurs qu’il y a du dégât… ». Et pour les bretons alors?

Mais le pire c’est qu’il est copain comme cochon avec Sarko, ils sont amis de longue date, depuis tous petits! Il y a quelques années, Sarkozy avait dit « j’en ai rien à foutre des bretons ». Du coup, il a été obligé d’éviter la Bretagne pendant un certain temps (rires). Il était revenu quelques temps après mais les marins pêcheurs ne l’avaient pas oublié, ils l’avaient traité « d’enculé »…

Ton dernier disque s’intitule « Chansons ordinaires ». Mais toi, Miossec, tu es tout sauf un chanteur ordinaire. Si l’on regarde ta trajectoire, tu revenais de l’océan indien, tu sors un premier album qui cartonne, tu décides de rester dans l’indé…

Ouais, c’est vrai. Le succès c’est super chiant. Rester indé me paraissait évident. La musique que j’aime vient de l’indé, ma boîte de musique est indé (Pias). Mais ce titre était aussi une façon de rendre hommage à Georges Perros, un écrivain que j’aime bien, voir plus que ça car je suis très ami avec son fiston, c’est une longue histoire d’amitié… C’était aussi une manière de placer le nom de Georges Perros, une sorte de publicité, donner un titre utile (rires)! Comme ça je peux parler de lui en faisant la promo.

Tu es un chanteur anti-populaire, anti-variété, mais étrangement ta musique, tes textes ou même tes visuels sentent le bistro, les lieux de vie, les endroits populaires…

C’est toujours le monde que j’ai aimé en fait. J’ai pu avoir plusieurs vies avant la musique, c’est ça qui est pas mal. A une époque je travaillais dans un journal ultra-tendance qui avait pignon sur rue au niveau branchitude. Les bains-douche, les vernissages, les trucs où j’allais bouffer… J’étais content d’avoir fréquenté ce monde-là pour me rendre compte aujourd’hui que je n’y serais plus à ma place. Et puis je n’ai plus envie de faire d’efforts pour y être.

Tu es d’ailleurs revenu sur tes terres…

Ouais mais tu vois avant j’étais à Bruxelles, je bouge beaucoup. A l’heure actuelle, quand tu es musicien français, tout est concentré sur Paris. Il m’est arrivé d’y retourner pour voir des concerts mais je n’y reste pas, c’est assez chiant.

C’est cette bulle indé, à qui tu voues une fidélité absolue, qui t’as sauvé finalement…

Ouais c’est clair, c’est un super bouclier. Tu sais, ayant connu un succès immédiat, j’ai dû aller au clash avec ma maison de disques. Le but du jeu n’est pas de passer à la radio, je n’ai jamais fait de la musique pour devenir FM. Aujourd’hui j’ai l’impression que tous les gamins ont complètement compris le truc, mais bon… C’est devenu presque malsain, une grande majorité commence de manière opportuniste, dans la façon d’aborder leur musique. Ils sortent de l’oeuf avec une sorte de plan en tête, il n’y a rien de dangereux là-dedans, pas de vrai frappé, pas de mecs secoués, ils sont tous psychologiquement sain… Et ça me fout les jetons (rires)!

Quand on regarde ta discographie, on voit que les albums se suivent à intervalle régulier mais ne se ressemblent pas; et quand tu démarres un projet, Miossec, on parle souvent d’une politique de terre brûlée. La terre brûlée, pour un marin, c’est peu banal…

Quand tu viens de la mer, tu changes de port, tu changes d’escale. T’es dans un autre port à chaque fois. Mais avec le recul, j’aurais bien aimé que les ports soient plus éloignés les uns des autres. Et puis si je regarde à mes débuts en 1995, on jouait à deux guitares acoustiques, on tapait dessus comme des malades, on faisait des concerts un peu foutraques, voir totalement, et c’était drôle car complètement à contre-courant de l’acid house de l’époque. Il n’y jamais eu cette tentative de faire un album dans le courant à la mode.

Toujours l’envie de voir plus loin alors, d’être vraiment toi avec les risques que les artistes d’aujourd’hui veulent fuir…

Ouais et depuis 1995 il y a aussi eu du changement. Beaucoup de gens m’ont tanné avec ça, mais pour moi c’est de la vieille musique, c’est plus du tout nouveau. En plus, dans tous les genres musicaux, ce qui m’intéresse, c’est la base. Que ce soit dans la house, le hip-hop, le rock… ce sont les débuts des courants qui sont biens. Par la suite, ça se peaufine et ça perd toute spontanéité.

L’idée de « Chanson que personne n’écoute », on peut l’interpréter comment? C’est la hantise de l’artiste? Pourquoi l’avoir choisi en intro de ton album?

C’était juste pour me marrer. Et finalement, ça me suffit (rires). Je trouvais ça drôle car aujourd’hui, il y a de la musique partout, dans la rue, dans le bus, dans les magasins… Les gens passent, entendent, mais n’écoutent plus.

Sur « Chanson pour les amis », on reconnait ton papa dans le clip. Après vingt ans de carrière, on a quand même peur de demander à son père de jouer la comédie?

Heu… Seize ans de carrière plus exactement. Je met le frein à main (rires)… On n’a jamais eu de rapport autoritaire, il s’est bien pris au jeu, on s’est vraiment fendu la gueule avec toute cette bande de Ouessant.

Au sujet de cette chanson, tu as dit qu’elle était loin d’être ta préférée, et pourtant en voyant le clip, on est pris aux tripes, on pleurerait presque…

Le clip est meilleur que la chanson. Ce qui est chouette, c’est que Gustave (de Kervern) en réalisant la vidéo, a réussi à l’amener ailleurs, il s’est fait plaisir. Gustave est quelqu’un qui est plein de poésie. Le résumer au « caca-prout » de Groland, même si on est tous bon client et moi le premier, serait une erreur, il n’y a pas que ça. Il a une énorme part de poésie, une mélancolie qui fait un bien fou. Ce mec alterne le touchant et le comique, sans compter tout ce que l’on a fait hors champ… du grand n’importe quoi (rires)!

L’album a été enregistré en peu de temps. Ca renforce ce côté live, ce côté intense et animal. Pas le temps de regarder dans le rétro…

C’est clair. C’étais un vieux fantasme que j’avais depuis mon premier groupe étant gamin, à 17 ans. Je voulais vraiment minimiser les contraintes, être au taquet tout le temps, à fond. On ne pouvait pas se retourner, tout ce que l’on enregistrait allait être sur le disque, en excluant le plan-plan et les schémas trop carrés. Résultat, ça a fait péter la tête à tout le monde, dans le bon sens du terme. Tout les musiciens avaient des arrangements au niveau des droits, donc c’était trois, quatre moteurs!

En plus, dans cet album, on ressent bien le mélange des genres, voire des générations…

Carrément! Si tu prends Thomas, le guitariste de 28 balais, moi j’en ai 48, ça pourrait être mon fiston, qu’on se retrouve à bosser ensemble c’était le pied. De mon côté, je lui faisais écouter des vieux trucs genre Captain Beefheart et lui des trucs actuels. Ce qui est génial c’est vraiment la spontanéité. J’ai déjà connu les affres du studio longue durée, avec des budgets, des plages horaires où tu peux trainer, trainer… Et là, je voulais tout sauf ça.

Christophe, quand tu dis que « tout fout le camp », tu penses encore avoir des rêves ou bien tu t’es endormi dessus?

Ces paroles, c’était surtout pour me foutre de la gueule de notre époque qui est d’une moralité absolue. On a l’impression que l’on vit dans une sorte de dégénérescence  alors que le début 1900 a été extrêmement décadent. Les années 20-30 étaient incroyables. Tout cette mythologie des rockeurs que l’on nous vend, c’est exagéré, ce sont des enfants de choeur à côté de certains écrivains d’il y a un siècle.

Pour toi le bon vieux temps du Rock, il s’est arrêté quand? Si arrêt il y a…

Je pense qu’il continue mais avec moins de magie… Alors c’est sur, les Stones et les Beatles, deux groupes qui se tirent la bourre comme ça, on n’en aura plus. Les choses de chez Stax également, on pouvait tout écouter, tout était bon. Alors faire de la musique chez soi avec son home studio, c’est bien, mais ça manque sacrément de couilles (rires).

Tu as déclaré que l’expérience était ce qu’il y avait de pire. Mais si tu devais choisir entre la fougue du pré-trentenaire et la sagesse du presque cinquantenaire, tu prendrais quoi?

(hésitant) J’étais beaucoup plus sage vers 23-24 ans, très raisonnable. Mais je ne choisirai rien, c’est trop dangereux. Dire que l’expérience amène la sagesse, c’est trop chrétien, je n’y crois pas, beurk…

Au sujet de la sagesse, Gainsbourg disait que la connerie était la décontraction de l’intelligence. Pour en revenir aux chansons qui te font marrer, t’es plutôt d’accord avec Serge…

Plus que jamais. Ca l’est vraiment. Le but du jeu, c’est de se marrer, déconner avant d’y passer. Autrement c’est triste.

On te sent en paix avec toi même Christophe…

Ouais, ouais, je suis d’accord. On a des projets des idées, plein de choses. Après la tournée, on se retrouve tous chez moi avec la bande. On se connaît depuis 20 ans, ça dépasse vraiment le stade de simple copain, ce sont des gens importants pour moi. La vie sur la route est fabuleuse, on n’a pas du tout l’impression d’être au boulot. On vit l’avant, le pendant et l’après concert comme du spectacle, sans prise de tête.

Explique nous un peu ton implication dans le projet des Marins d’Iroise…

J’ai été le relais en fait. Universal cherchait une chorale bretonne, c’est marrant ils sont persuadés que je suis la référence en la matière (rires); j’ai donc proposé à des copains à moi de se présenter. Ce qui est bien, c’est que leur chorale est harmonisée, sans compter qu’ils doivent être celle qui se bourre le moins la gueule en bretagne et du coup, ils travaillent un peu plus. Ca s’est fait en cinq minutes genre: « vous voulez chanter les gars? » Ok, alors c’est tout bon avec Universal…

On peut être assez méfiant avec ce genre de projet supervisé par une major. La peur de devenir une grosse machine marketing un peu comme les enfoirés. C’est fou, les gens sont persuadés de faire une totale bonne action en achetant la compile des enfoirés à côté des petits pois au supermarché du coin… Comme le diasit Jean-Louis Murat récemment, le vrai bénévolat est silencieux, non?

Ouais mais finalement, est-ce aussi détestable que ça? C’est tellement horrible artistiquement (rires), mais ils font de mal à personne… Le petit bénévolat, j’en fait souvent dans mon coin à Brest, et c’est beaucoup plus rigolo. La recette va directement là où elle doit aller, j’y crois vraiment à ces choses très directes. Et puis toutes ces valeurs marketing, le fait de passer pour quelqu’un de bien, c’est très désagréable, nauséabond, c’est très louche. Dans ma discothèque personnelle, j’ai plein d’infâmes salauds (rires): Chet Baker était une crapule absolue, ignoble…

Tout comme Miles Davis…

Oh! Epouvantable! Sauf avec une seule femme. Dans sa biographie, il a dit d’ailleurs qu’il n’avait rencontré qu’une seule femme dans sa vie: Juliette Gréco. C’est fort quand même. Il l’a toujours profondément respecté, ils se sont vus toute leur vie. Ils ont vécu une drôle d’époque, aux States, l’homme noir avec une blanche, c’était pas possible.

Tu as participé au disque hommage à Alain Bashung. La chanson « Osez Joséphine », c’est toi qui l’a choisi?

Ouais c’est moi qui l’ai choisi mais je n’en suis pas très fier. C’est raté. La chanson, on la prenait en live, et l’idée que j’avais c’était de la reprendre comme un groupe de baloche, et ils ont sorti le disque beaucoup trop tôt. Le cadavre était encore chaud et je me suis senti mal à l’aise, un truc terrible. Là maintenant que le temps à passé, j’aimerais bien le faire. Je suis moins émotif que lorsque l’on m’a demandé d’y participé.

Miossec, si tout devait péter, où aimerais-tu être?

Sur mon rocher. Je vis vraiment sur un rocher. Je suis en dehors de la ville, tranquille,  j’aime m’échapper. Et c’est comme ça que ça finira (rires).

Propos recueillis par Gyslain Lancement

\ »Chansons ordinaires\ » disponible en CD et Vinyl (Pias Recordings)

 

One Response to “Rencontre avec Miossec”


Boëdec monique
30 janvier 2012 Répondre

Du Christophe Miossec Sincère , vrai et simple , comme je l’aime ,et tel qu’il est ! merci pour cet article !!!

Leave a Comment