Écrit par
blogueur
23 mars 2011 |  0 like   |  34 vues

Polina, la grâce de Bastien Vivès

Copyright Vivès et CastermanLauréat du Prix Révélation d’Angoulême 2009 pour Le goût du chlore, Bastien Vivès nous revient avec une œuvre d’une beauté inégalée : Polina. Récit mêlant initiation, émotions et drame, ce nouvel album du surdoué parisien touche avec justesse là où il faut.

Polina Oulinov a 6 ans et aujourd’hui elle passe l’audition pour intégrer la prestigieuse académie de danse Bojinski. Elle n’a pas peur de danser ou de mal faire, mais le professeur Bojinski l’impressionne. Il est charismatique, passionné et d’une rigueur sans faille. Sélectionnée sans difficulté, les cours commencent pour Polina et avec eux une relation étrange entre elle et Bojinski, à mi-chemin entre antagonisme et soumission. Les années passent et Polina devient une jeune fille et une danseuse de plus en plus douée. Elle décide alors de quitter l’académie, fatiguée du carcan artistique qu’elle lui impose. Elle se lance dans la vie, voyage, découvre et finit par monter sa propre compagnie de danse contemporaine. D’événements en rencontres, elle grandit et devient femme. Mais jamais elle n’oublie celui qui lui à tout appris.

Copyright Vivès et CastermanVéritable tour de force narratif, Polina risque d’être une des sensations incontournables de cette année et une sélection quasi-obligée pour le prochain festival d’Angoulême. En témoigne les multiples critiques d’une presse française élogieuse et inattendue, notamment dans L’Express, Télérama et Le Point, qui dit de Vivès, qu’il n’a pas seulement un talent fou : il a la grâce. Engouement amplement justifié pour un des auteurs les plus novateurs de la nouvelle génération. Vivès transcende le neuvième art. Il applique avec scrupules les bases les plus classiques du médium pour mieux les contourner et servir un récit qui, lui, verse dans l’expérimental. On se rappelle sans mal ces longues séquences sous-marines du Goût du chlore durant lesquelles le personnage réfléchit, attend et semble se faire des idées. Ou encore la réécriture décomplexée du péplum avec Pour l’Empire, une fresque mystique où les soldats romains ne maîtrisent plus vraiment la situation. Enfin, avec Polina, Bastien Vivès atteint la maturité de l’artiste.

Histoire d’une vie pas comme les autres, histoire d’un amour peu commun et histoire d’un art transcendant. L’histoire de Polina Oulinov est passionnante, prenante et émouvante. Suivant une évolution graduelle, la narration se découpe facilement en quatre actes forts : la jeunesse et les débuts prometteurs, les études et l’étrange relation, l’émancipation et la découverte, et l’envol et la maturité. Chaque axe marque une étape importante dans la vie de Polina et est toujours traduit par des changements radicaux. On est ainsi témoin de chaque nouvelle marche qu’elle monte, de ce qu’elle laisse derrière elle et de ce qu’elle attend de l’avenir. Les surprises, parfois douces parfois amères, sont nombreuses et rehaussent le récit d’une touche mêlant envie et destin. Vivès nous montre par là, que suivre ses désirs et son instinct est la meilleure solution pour devenir ce que l’on veut être. Bien sûr, les déceptions font parti du contrat, mais la fin justifie amplement les moyens. Le parcours de Polina devient alors un exemple et une métaphore de l’existence humaine et met en exergue toutes ces questions que l’on se pose sans vraiment y toucher. La fameuse grâce de Vivès est qu’il nous parle de nous, à travers un destin atypique et splendide, sous couvert de raconter une histoire simple. Sans oublier d’y ajouter un rythme, un découpage et des dialogues toujours justes, qui nous font dévorer ce volume d’une traite : l’immersion est totale.

Copyright Vivès et CastermanLe milieu de la danse et la danse en elle-même poussent l’individu à se surpasser pour atteindre une perfection et une simplicité les plus totales possible. Et apparemment, cet univers et cette thématique pousse ceux qui y touchent à se surpasser également. Preuve en est ce Polina, qui pour le moment est l’œuvre la plus aboutie de son auteur, au même titre que Black Swan, qui nous révèle enfin toute l’étendue du talent de Darren Aronofsky. Danse, sublime et image font donc très bon ménage. A nous de nous laisser porter et de partager.

Voir le blog de Bastien Vivès, Comme quoi.

Voir aussi la fiche produit de Polina sur fnac.ch

One Response to “Polina, la grâce de Bastien Vivès”


[…] Entre Lepage, Mathieu, Juillard et Peeters, le nom Bastien Vivès apparaît… et ô surprise, la file d’attente est aussi longue pour lui que pour les têtes d’affiche pré-citées. Car, on vous le rappelle, ce jeune parisien de 27 ans a remporté le Prix Essentiel Révélation d’Angoulême 2009 avec Le goût du chlore et le Prix des libraires 2011 pour Polina, sa dernière oeuvre en date, dont vous pouvez lire la critique Fnac Blog BD ici. […]

Leave a Comment