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25 juin 2012 |  0 like   |  3 vues

Mad World : une semaine/un manga, avec Couleur 3

Chaque lundi, aux alentours de 16h30, votre humble serviteur Florian De La Fnac chronique un manga de son goût: une découverte, un classique ou une curiosité.

Cette semaine : Mad World de Otsuichi et Hiro Kiyohara, chez Soleil Manga.

Les adaptations en manga d’auteurs littéraires japonais sont rares. Si on met à part  La pierre et le sabre, roman le plus populaire du Japon et adapté plusieurs fois (Miyamoto Musashi, Vagabond), on pourrait retenir God Save the Queen et F-The perfect insider, inspirés des écrits d’Hiroshi Mori, Les années douces de Taniguchi sur un roman d’Hiromi Kawakami ou encore l’incroyable Île Panorama, tiré de l’imagination sans bornes du grand Ranpo Edogawa. Dans cette même veine, Soleil  démarre la série Mad World qui à chaque volume met en images une nouvelle d’Otsuichi, romancier déjà adapté en manga chez Pika avec le récit noir Goth.

Ayant pour thème commun les travers de la société et ses effets sur la jeunesse japonaise, les récits de Mad World font preuve d’une innocence et d’une pureté apparente, qui se révèlent assez rapidement n’être qu’une couche révélatrice d’un fond fataliste et malgré tout empli d’espoir.  Le premier volume, intitulé Inner Voices, nous raconte l’histoire d’Aihara, adolescente renfermée et timide à l’extrême, qui n’ose jamais prendre la parole, se souciant beaucoup trop du regard des autres. Pour échapper à cette dure réalité, elle va s’inventer un téléphone portable imaginaire placé dans son cerveau, qui lui permettrait de rentrer en contact avec des gens dans la même situation qu’elle. Mais tout change lorsque ce téléphone s’avère être réel…

A l’heure où tout le monde est hyper-connecté, les relations humaines n’ont jamais été autant biaisées. C’est ce qu’Otsuichi illustre avec ce récit, entre fantastique et récit intimiste. Ici, les personnages sont connectés avec leurs sentiments et leurs émotions et parlent de leur malaise sans gêne. Ils s’apportent du réconfort et de la compréhension et construisent une relation profonde et de confiance. Mais tout cela reste du domaine de l’oral et lorsqu’ils se rencontrent, la réalité devient toute autre. Pour le meilleur, on l’espère.

A l’instar d’auteurs comme Inio Asano ou Motoro Mase, Otsuichi met en exergue ce malaise de la jeunesse nippone, devenu avec les années un débat social d’importance nationale, voir même internationale. Grâce à un récit d’amour et d’amitié, il détourne notre regard pendant plusieurs chapitres, avant de revenir à la dure réalité et de montrer qu’une désaliénation est toujours possible, seul peut-être, mais à plusieurs sûrement. Inner Voices est donc une magnifique fable douce-amère qui nous parle d’humains un peu perdus qui ne cherchent qu’à être acceptés et aimés.

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