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Écrit par
blogueur
21 novembre 2012 |  0 like   |  20 vues

Ken Games : une bonne vieille surprise !

 

Comme à chaque mois de novembre, les sorties pleuvent sur nos pauvres étalages et les couvertures finissent par toutes se ressembler les unes aux autres, les albums devenant interchangeables entre nos mains de manutentionnaires du Père Noël de la BD. Lire devient alors une option facultative, qui essaie tant bien que mal de revenir, mais qui s’étouffe rapidement sous le poids des dizaines de milliers de couvertures cartonnées.

Heureusement, il y a toujours une couverture qui arrive à se frayer un passage jusqu’à nos yeux et à nous arrêter pour l’ouvrir et feuilleter l’album à qui elle appartient. C’est ce qui m’est arrivé avec Ken Games, il y a un peu moins d’une semaine. Trois personnages dans l’obscurité, une seule source lumineuse qui les éclaire, chacun tourne le dos aux autres. Une couverture sobre, discrète, mais pleine de sens. Cette intégrale regroupe les trois volumes de la série, parus entre 2009 et 2011, titrés respectivement Pierre, Feuille et Ciseaux. Ces mêmes trois volumes qui m’avait déjà titillé chaque année de leur sortie, grâce là aussi à leurs couvertures tranchant facilement avec le reste de la production. Bref… 152 pages plus tard, je repose le volume et suis heureux d’avoir malgré moi attendu cette intégrale pour lire ce thriller de faux-semblants.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En effet, la densité du récit est telle que s’arrêter un an entre chaque tome aurait été source de frustration et d’impatience aiguëe. D’autant plus qu’à l’instar des scénaristes américains, José Robledo sait ouvrir de multiples intrigues entre-mêlées, les laisser mijoter et s’encoubler les unes avec les autres, avant de se délier d’une manière inattendue, mais pas que… Car loin de ne reposer que sur le suspens ou d’éventuels twists à répétitions, Ken Games est surtout une histoire de personnages, une histoire d’écriture et non de fioritures.

On y suit Pierre Frémat, ami d’enfance de Thierry Feuille, qui lui vit en couple avec Anne Parilou. Cette dernière devient rapidement ami avec Pierre et tous les trois sont heureux de se retrouver une fois par mois au café du coin pour se raconter leur vie, leurs malheurs et leurs souvenirs. Seulement voilà, comme l’annonce la catch-phrase de la couverture : Toute vérité n’est pas bonne à dire. On sait d’emblée que Pierre n’est pas vraiment étudiant en mathématiques (même s’il est extrêmement doué), mais un boxeur en passe de devenir une sensation dans le circuit professionnel. Puis, on se doute que Thierry ne gagne pas tout cet argent en étant simple trader à la banque et qu’Anne, derrière son air d’institutrice, devient serveuse dans un bar malfamé. Qui est qui ? Qui cache quoi ? Et surtout que va-t-il se passer quand l’autre le découvrira ?

Voguant sans cesse entre ces trois double-vies, la narration de Ken Games est d’une maîtrise rare pour une première série. Les situations déterminantes s’enchaînent de page en page et lorsque l’on croit respirer lors d’un dialogue inoffensif, on réalise que la tension entre les personnages est telle que même là, l’issue en sera décisive pour le destin de Pierre, Thierry ou Anne. Très peu de temps mort donc pour cette trilogie qui revient aux bases du concept de raconter une histoire : pas d’ennui, des personnages attachants et humains, des scènes clés pertinentes, de l’action non-gratuite et juste assez de sentimentalisme.

Entièrement réalisés par Marcial Toledano, les graphismes sont d’une modernité étonnante et créent une atmosphère urbaine et contemporaine captivante. Tout est léché, soigné et détaillé. Les couleurs sont toujours pleine de nuances et aident à établir les univers de chacun des trois personnages. La crédibilité ainsi crée sert le scénario au mieux et rend réaliste et croyable les événements souvent incroyables de l’intrigue. En fin de volume, deux exemples de planches sont prises et leur création est décortiquée étape par étape, un exemple intéressant qui rend compte de la dose de travail fourni par les artistes complets (dessinateur, encreur, coloriste).

Perdu au milieu des dizaines de nouvelles couvertures de ce mois de novembre, j’espère que celle de Ken Games réussira aussi à vous attraper l’œil pour seulement vous le rendre une fois qu’il aura été émerveillé, apeuré, excité et surmené par cette trilogie novatrice, qui ne devrait plus en être une dans quelque temps, car sur la dernière page de cette intégrale, une légère mention apparaît : Prochainement, un nouvel épisode inédit… A suivre, donc !

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