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04 juin 2012 |  0 like   |  2 vues

I am a hero : une semaine / un manga, avec Couleur3

Chaque lundi, aux alentours de 16h30, votre humble serviteur Florian De La Fnac chronique un manga de son goût: une découverte, un classique ou une curiosité.

Cette semaine : I am a hero de Kengo Hanazawa, chez Kana.

Le zombie-flick est devenu, au fil des années, un genre à part entière dans l’industrie du manga. En français, on connaît surtout Highschool of the Dead, Undead, Hakaiju, Hideout et des dérivés comme Higanjima ou Sprite. Puis, je ne vous parle même pas des comics (The walking-dead, Crossed) ou des BDs (Zombies, Loving Dead) qui suivent également cette tendance. En plein essor depuis les années 2000, le zombie-flick est devenu un genre de plus en plus codifiés et, du coup, de moins en moins original : voir l’exemple de The walking dead, qui repompe toutes les thématiques du grand Romero, sans vraiment apporter une approche innovatrice. Bref, tout ça pour dire qu’une nouvelle série manga de zombies vient de faire son apparition. Elle s’appelle I am a hero et contrairement à tout ce qui précède, elle est la preuve que renouveler un genre est possible.

On y suit Hideo Suzuki, un trentenaire raté, qui gagne sa vie comme assistant-mangaka. Son rêve était de devenir mangaka, mais trop feignant, il n’y est jamais arrivé, même si son talent est certain. Il sort avec une fille gentille et étrange qui est encore amoureuse de son ex, un mangaka à succès, lui ! Hideo vit donc entre frustration, routine et amour propre faible. Jusqu’au jour où un virus va s’emparer de la population et les transformer en zombies. L’occasion pour Hideo de se bouger les fesses  et de devenir un héros… ou pas.

Très déstabilisant, I am a hero prend tout un volume à installer ses personnages et son intrigue, chose rare pour un seinen qui se vend sur son côté gore, action et flingues. Du coup, on a plus l’impression d’avoir affaire à un récit intimiste d’une vie pitoyable te sans relief. On s’attache alors doucement à Hideo. On le plaint, on est triste pour lui et aimerait bien lui secouer les puces ! Puis, au bout d’un moment, on se demande où Kango Hanazawa veut en venir. Mais c’est sans compter sur la fin saisissante du premier volume qui marque une rupture de ton radicale, en introduisant de manière brutale la présence des zombies. Enfin, pas la présence, mais la réalisation d’Hideo de leur présence, car ils étaient là depuis le début, caché dans des coins, et de toute façon Hideo avait beaucoup trop à faire pour les voir : s’auto-apitoyer, se poser des questions futiles ou jouer à des jeux vidéo abrutissants. Puis, l’histoire prend une autre tournure et Hideo devient, malgré lui, acteur de son destin.

Outre le caractère original du personnage principal, ce qui différencie I am a hero des autres récits de zombie-flick, c’est son rapport à la réalité, qui bien sûr passe essentiellement par Hideo. Ici, on croit tout du long que cette contagion n’est que passagère et finira bien par être contrôlée par les autorités. Fait étrange. Fait étrange car on sait très bien qu’il n’en sera rien, mais on s’accroche malgré tout à cet espoir ou ce déni qui sont ceux d’Hideo. Le récit s’accorde à son point de vue, à sa vision de la réalité.  Et puisqu’il est résigné depuis pal mal d’années, il est pour lui impossible que quelque chose d’extraordinaire lui arrive C’est cet aspect du personnage qui définit donc toute la trame d’I am a hero et lui apporte une originalité totalement inédite. On a l’impression que plus les évènements sont gores et violents et plus il n’y croira pas. Car la brutalité des situations, elle, est bien réelle et fait hommage aux plus horrifiques et malsains des manga existants. Cela créé d’ailleurs un contraste encore plus appuyé entre Hideo et la réalité, deux extrêmes qui s’entrecroisent et finiront peut-être par s’entrechoquer, car deviendra-t-il un héros ou restera-t-il victime de sa propre existence ?

 

Ajoutez à tout cela un découpage d’une fraîcheur étonnante qui foisonne de trouvailles visuelles (voir l’intro), des personnages secondaires souvent risibles, mais toujours dans la limite du possible et des situations à l’absurdité pourtant bien réelle, et vous obtiendrez I am a hero, un manga sans nul autre qui risque bien de faire date dans le zombie-flick.

 

 

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