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22 janvier 2011 |  0 like   |  24 vues

Hallyday 69-76, l’âge d’or du Patron

Nul ne peut remettre en cause les années fastes du « Patron ». De 1969 à 1976, alors que la France effleurait les restes du Flower Power venu d’Amérique, Johnny Hallyday n’en finissait plus de prêter sa voix à des milliers d’heures de studio. D’une puissance et d’une virilité inouïe, Hallyday allait asseoir sa réputation, une suprématie dont il joui  aujourd’hui et qu’il subit parfois, quelques mois seulement après son vrai/faux départ qui ne fit que décupler sa côte de popularité.

Entouré de musiciens prestigieux comme Jimmy Page (Yardbirds, Led Zeppelin), Mick Jones (Foreigner), Steve Marriott ou Peter Frampton, le Patron va publier sept albums que tout fan de Rock doit faire figurer parmi ses classiques. Emblème gueulard d’un hexagone qui se cherchait une idole, Hallyday pris le meilleur du Rock international et poussa du pied la variété mollassonne. En 69, année érotique pour certains, lendemain renaissant de mai 68 pour d’autres, « Rivière… ouvre ton lit » se classa directement numéro 1 en album de bravoure. Déluge bluesy et détonation anti-gauliste viscérale, il détient des perles devenues cultes comme « Voyage au pays des vivants » et « Je suis né dans la rue ». La chanson d’ouverture a tout du morceau parfait: des paroles chaudes, virulentes et des musiciens au sommet de leur art qui se débattent à coup de riffs dans un tonnerre psychédélique. L’album au bandeau est toujours à la recherche d’un successeur à la hauteur et aussi vorace, tellement il fait figure d’exception dans la carrière de Johnny. Un an plus tard et en complicité avec l’écrivain et cinéaste Philippe Labro, Hallyday va se montrer plus sombre et noir tout au long de « Vie ». Sorte de plaidoyer contestataire, l’album revient sur le malaise et l’indifférence liés aux guerres et aux injustices. « Poème sur la septième » tire son épingle et transpire d’originalité, Johnny y gueulant d’une rage féroce quelques vers engagés sur un air progressif de Beethoven: à diffuser dans toutes les écoles. S’attirant la foudre de l’église, Johnny ose même déclarer avec courage, conviction et des attributs entrejambiers assez solides que « Jesus Christ est un hippie ». En 1971, « Flagrant délit » constitue le pur moment de rock’n’roll d’Hallyday. A une époque où gueuler était bien plus qu’un moyen de se faire entendre, Johnny alterne tout en robustesse country, rythm’n’blues, soul et rock à déflagration. « Fils de personne » redonne une seconde vie francophone au hit initial « Fortunate son » de Creedence Clearwater et Hallyday n’en finit plus d’hurler une ardeur anti-système sur « La loi ».

Inusable, inarrêtable, Johnny publie « Insolitudes » en 1973, amorcé par une face B blues devenue un classique: « Toute la musique que j’aime ». Souvent assimilé à la fin d’une période, cet album ne s’avoue pas vaincu. « Comme un corbeau blanc », censé sortir trois ans plus tôt, est un agitateur de décibels, Hallyday prouve une nouvelle fois ses qualités de crieur d’amour mélodramatique. Véritable institution vivante, il s’affirme en Elvis Presley européen. Plein de frénésie et de spontanéité, Johnny n’a pas d’égal en chanteur de scène. En 1974, « Je t’aime, je t’aime, je t’aime », déclaration d’amour fougueuse et sincère, donne son titre à l’album et va inonder les ondes le temps d’un été. Enregistré dans plusieurs studios d’europe, l’album montre l’étendue des influences de son auteur, que ce soit dans le funky « Danger d’amour » ou la ballade authentique « J’ai pleuré sur ma guitare ».

Suite à un détour à Nashville, Hallyday change de peau et sort en 1975 « La terre promise », recueil de classiques country-rock francisés de Chuck Berry (« Terre promise »), Buddy Holly (« C’est bon ») et autres. Kris Kristofferson y va de sa composition, le disque va longtemps rester en tête des charts et Hallyday va être perçu comme une incarnation du Rock américain. Après l’immense succès de « Derrière l’amour » et ses tubes omniprésents « Gabrielle » et « Requiem pour un fou », Johnny lance « Hamlet », projet ambitieux qui sort dans l’indifférence générale et en décalage complet avec les précédents opus. Pourtant, cette adaptation musicale du classique de Shakespeare va devenir LA rareté, l’objet de convoitises que tout fan doit posséder. Marqué par le Rock progressif, on retiendra l’avant-gardisme de ce disque, son côté « opéra-rock » novateur et sa sublime orchestration.

On ne peut pas demander mieux à Johnny car de 69 à 76, il a atteint l’excellence. Du statut de demi Dieu, il est passé au statut de Patron, surnom nullement usurpé quand on se replonge dans ces années bouleversantes. Moqué par les amateurs de rock en version originale, Hallyday a mieux vieilli qu’eux. On lui a fait un mauvais procès: avec modestie et authenticité, il n’a jamais prétendu « être le rock », mais bien plutôt le raconter au public en restant lui-même, en humble interprète et admirateur des autres. Génial mais plus que jamais seul dans sa catégorie de chanteur de scène, Johnny Hallyday est certainement un des plus grands artistes que la France ai connu et ces sept albums sont le meilleur moyen de mesurer la place qu’il occupe aujourd’hui dans le coeur des fans. Ici, il est juste question de rendre à César ce qui est à César. Ah que oui.

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