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Écrit par
blogueur
08 octobre 2013 |  0 like   |  1 vues

“Diletta ou le jeu des apparences”

Diletta La grande pagaille du Diletta

 Osamu Tezuka

 Editions FLBLB

Titre original : Ue wo shita he no Diletta

 

En 1938 Orson Welles réalise une adaptation radiophonique de « La guerre des mondes » de H. G. Wells.  Bien qu’il s’agisse d’une fiction l’adaptation est si réussie sur le plan du réalisme qu’elle déclenche la panique chez certains auditeurs ! Il y est question d’une invasion de martiens belliqueux détruisant tout sur leur passage… A cette époque la planète rouge est un mystère pour le grand public et la radio, premier media de masse, à toute la confiance de son auditoire. Le canular fonctionne et Welles démontre (à son insu ?) que l’on peut manipuler les foules en jouant sur leurs peurs.

La manipulation et les manipulateurs sont au cœur de « La grande pagaille du Diletta » publié au Japon en Diletta11968 et d’une étonnante acuité. Tezuka y dénonce le star-system, ou comment accéder à la notoriété par tous les subterfuges inimaginables ! Monzen est un producteur à succès prêt à toutes les audaces. Il apprend que Nagisa Harumi, chanteuse a succès qui a la particularité de se produire masquée sur scène, vient d’être virée. Elle a eu l’audace de chanter à découvert et sa plastique ne correspond pas aux critères formatés en vogue. Monzen fait alors une découverte stupéfiante : affamée, Nagisa change de visage et devient une superbe jeune femme ! « C’est quand elle jouit qu’une femme est la plus belle à dit l’autre, elle c’est quand elle meurt de faim ! » Monzen relève alors le défi de faire de Nagisa une star mais sous son autre visage et sous le nom de Mié. Tezuka montre ici jusqu’à quel point un être humain peut se laisser exploiter et maltraiter pour atteindre la célébrité.

Mié est fiancé à un mangaka (dessinateur de mangas) sans le sou, Otohiko. Lorsqu’il retrouve sa belle méconnaissable, car il la préfère naturelle, il s’en prend à Monzen. La dispute finit mal et Otohiko fait une chute dans un chantier en construction : il se retrouve sous les fondations de l’immeuble. Sur le coup Monzen panique puis saisit l’opportunité de la situation : « Il a du se tuer après une telle chute. Bah ca vaut mieux comme ca, me voila débarrassé d’un gêneur. Il est tombé tout seul après tout ».Et comme dans un reality-show avant l’heure le personnage apostrophe le lecteur qui se retrouve dans la position du voyeur : « Tu es bien d’accord ami lecteur, tu es témoin hein ? »

Mais Otohiko a survécu et le choc a développé en lui une étonnante faculté, voilà ce qu’en dise les médecins : « hum, c’est tout à fait étrange. En pleine auscultation j’ai eu la sensation de tomber en état de somnolence et d’entrer dans un monde singulier. » Le patient passe la plus grande partie de son temps dans un état de transe hallucinatoire, le « diletta ». Son cerveau crée une sorte de monde parallèle ou tous ses fantasmes prennent vies. « Une sorte d’absence durant laquelle il se crée ses propres visions. Lesquelles ont la faculté de se transmettre ». Les visions d’Otohiko sont en elle-même sans danger mais elles ne devraient pas quitter son esprit car une fois immergé dans son extase il n’a pas le contrôle absolu de ses pensées…

Monzen va très vite saisir toutes les possibilités qu’offre un tel pouvoir et laisser libre cours à sa mégalomanie,  « Le public est avide de sensations inédites. Il est prêt à plonger corps et âme dans une expérience immersive dont il deviendra accro. Quel nouveau média lui procurera cette expérience ? Le Diletta bien sûr ! » Etonnant, non ?

Tezuka peint les dérives d’un monde gangréné par l’ambition, la soif de pouvoir ou l’homme est gouverné par ses pulsions destructrices. Les personnages s’agitent dans un grand vide existentiel et n’entretiennent entre eux que des relations d’intérêts. Tout n’y est que calculs, influences, manipulations. « Le monde est fou et je vais révéler à l’humanité sa propre folie ».

Tonique et trépidante cette grande pagaille est savamment orchestrée avec ce qu’il faut d’humour (noir, certes) et offre plusieurs niveaux de lecture. Quarante-cinq après, la vision de Tezuka semble s’être répandue, pardon « diletté » sur notre monde, non ?

 

Du même auteur :

mw_01MW

3 volumes

Editions Tonkam

 

 

alabasterAlabaster

Editions FLBLB

 

 

 

 

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