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20 avril 2012 |  0 like   |  5 vues

Best of comics #08 : des filles et des flingues !

Parmi la foule de comics publiés en ce début de printemps 2012, trois m’ont particulièrement plu. Principalement car ils mettent tous en scène une héroïne révoltée et déterminée, que leurs couvertures sont, du coup, assez similaires (je vous laisse juger) et qu’ils sont scénarisés par trois pointures qui riment : Bendis, Ennis et Ellis !

On retrouve tout d’abord le duo prolifique Bendis/Maleev (Spider-woman, Daredevil : the man without fear, Secret Invasion) avec Scarlet, un thriller politico-social de premier ordre. Jeune femme en pleine fleur de l’âge, Scarlet perd Gabriel son amour, exécuté par un policier beaucoup trop zélé, et pour cause de délit de faciès. Sa mort prématurée va réveiller une haine insoupçonnée et un sentiment d’injustice énorme dans le cœur de Scarlet. Ces derniers s’exacerbent encore plus quand le policier tueur est jugé innocent et relâché. Elle se lance alors dans une quête de justice et de vengeance qui va l’amener beaucoup plus loin que prévu, puisqu’elle ne tarde pas à devenir la meneuse d’un combat citoyen national contre la toute puissance de la police et la corruption des administrations américaines.

Bendis et Maleev ne faiblissent pas ! Ils rempilent et nous servent encore un comics novateur, jouissif et captivant. Le graphisme est encore plus bandant qu’à l’accoutumé ! Le trait tranchant et minimaliste de Maleev fait des merveilles et les contrastes apportés par ses couleurs donnent un relief sublime, comme gravé dans le bitume. On se croirait quasiment devant une peinture de Warhol à la sauce Banksy. Le milieu urbain est détaillé à souhait, écrasant presque les personnages, et le rouge des cheveux de Scarlet casse toute la monotonie du quotidien. Elle est l’élément déclencheur, celle par qui l’intrigue arrive. Et on arrive ainsi sur le découpage et la narration, qui sont tout aussi bon, voire plus révolutionnaire que le graphisme. Pas de temps à perdre avec un narrateur omniscient, Scarlet nous parle directement à travers les cases. Nous sommes dans un comics et Bendis utilise toutes les possibilités du médium et se fait plaisir. Adolescence disséquée en moments-clé, monologue bluffant d’honnêteté, séquence mono-cadre, etc.  Tout est frais, nouveau et stylisé ! La lecture nous emporte, car devant tant de nouveautés, nos yeux ne savent plus où regarder.

Puis, c’est Jennifer Blood qui nous explose à la figure ! Signée par le grand Garth Ennis (Preacher, The Boys, Crossed), cette mini-série confirme la réputation trash et décalée du scénariste irlandais. On y suit Jennifer Fellows, maman exemplaire le jour et tueuse implacable la nuit. Tout est calculé. Elle ne tue qu’un clan de mafieux qui règne sur la région. Elle les tue de manière rituelle et suivant un ordre établi. Mais établi comment et pourquoi ? Seule la révélation finale mettra la lumières sur les motivations de cette femme déterminée et assoiffée de sang. Une vengeance est dans l’air, c’est tout ce que je vous dirai!

Fidèle à lui-même, Ennis nous fait du Ennis et en même temps, c’est pour ça qu’on l’aime. Si le pitch originel ne casse pas des briques, la manière de faire en défrisera plus d’un. Mené tambours battant, le récit n’épargne rien et n’accuse aucune limite. Les meurtres sont gores, les twists sont calibrés et les personnages plus déjantés que jamais. Toujours à la limite de la maladie mentale, ces derniers couvrent tout le spectre de la misère humaine, du ramassis de caniveau à l’insecte le plus véreux. Ennis ne se refait pas, mais il le fait bien ! Le graphisme, lui, est gras et quelque fois grossier, ce qui peut faire mal aux yeux des fois, mais qui correspond aussi à cette l’ambiance dégueulasse de Jennifer Blood. Encore heureux que le personnage soit une héroïne qui donne à ce comics une aura plus classieuse et respectueuse ! A dévorer.

Enfin, c’est au tour du britannique fou Warren Ellis (Transmetropolitan, The Authority) de nous faire voir rouge avec Anna Mercury. Agente très spéciale, Anna est envoyée plusieurs fois sur New Ataraxia pour neutraliser un immense canon, qui mettrait en péril la ville de Sheol, ennemi injustifié de New Ataraxia. Ces mondes font parties de La constellation, un ensemble de planètes orbitant autour de la Terre, mais dans un espace-temps différent, donc invisibles pour nous. Et si les Ataraxiens vouent un culte si grand au Canon, c’est qu’un cargo terrien à un jour fait irruption dans leurs rues et a bouleversé leur perception du monde. Les terriens doivent donc réparer leur erreur et surtout ses conséquences…

Bref, tout ça pour un pitch pas vraiment clair, mais qu’ Ellis prend le temps d’expliquer en long et en travers dès les premières pages de ce nouveau comics. Ce qui est important ici, c’est qu’Anna Mercury est un sacré bout de femme ! Sans peurs et sans doutes, elle fonce dans le tas sans vraiment réfléchir et se voit ainsi affublée du surnom de La folle. Ce qui n’est pas vraiment étonnant, quand on voit les scènes d’actions incroyables qu’elle mène sans concession et sans conscience des dégâts. On retrouve aussi ici les thèmes chers à Ellis : les mondes parallèles méconnus, l’omniprésence de la science, les organisations gouvernementales secrètes, le personnage principal esseulé et dévoué à sa cause et la folie de la passion et de l’action. Ellis ne surprend donc pas vraiment, mais creuse encore le sillon d’une œuvre qui commence à devenir gigantesque et de plus en plus cohérente. Seules nouveautés, mais de taille : des scènes d’actions scotchantes et une héroïne aux cheveux de feu qui ferait pâlir la plupart des mâles ! A noter, une superbe galerie d’illustrations en fin de volume, avec la participation de Juan José Ryp (Black Summer) et Paul Duffield (Freakangels).

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Et si après tout ça, vous en voulez encore, le volume 6 de Sin City, le polar ultime signé Frank Miller, porte aussi très bien son nom : Des filles et des flingues et n’attends que vous.

 

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