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Marie
Écrit par
Blogueuse Littérature & Polar
17 juin 2020 |  1 like   |  241 vues

Quand la fiction s’empare de l’homme – Chroniques croisées

 

Aujourd’hui je viens vous parler de deux récents coups de cœur qui, chacun à sa manière, explorent l’hypothèse d’individus plongés à l’excès dans les méandres de la fiction, y cherchant les clés pour compenser ou réparer une existence insatisfaisante, parfois trop simple, parfois trop douloureuse…

Aujourd’hui donc, j’aimerais vous parler de Toutes les Histoires d’Amour ont été Racontées, sauf une de Tonino Benacquista, et de Dans la Peau, premier roman de Gunnar Kaiser, deux récits parus tout récemment.

On se demande souvent « que serions-nous sans la fiction ? Que serions-nous sans les rêves, l’imaginaire, le fantasme? » Ces deux romans choisissent eux de nous raconter l’histoire d’hommes qui au contraire, se détournant du réel, s’abandonnent tout entiers à cet imaginaire qui justement les fascine… Qu’elle présente une valeur cathartique chez l’un ou qu’elle se fasse l’outil de la révélation du Mal en sommeil chez l’autre, l’oeuvre de fiction, littéraire ou télévisuelle, exerce ici une fascination obscure et absolue chez l’homme, jusqu’à le poussez aux extrêmes. A travers ces romans, ce sont donc deux parcours, deux existences transcendées par la fiction que je vous propose de découvrir.

 

 

Toutes les Histoires d’Amour ont été Racontées, sauf une, de Tonino Benacquista

Petit roman touchant et très bien écrit, le récit de Tonino Benacquista s’emploie, en dressant un parallèle implicite entre le parcours de son protagoniste et celui de personnages de séries télé, à inverser les valeurs de réalité et de fiction. le roman retrace pour nous l’existence de Léo, brisé par une infortune personnelle, qui se réfugie derrière l’écran de sa télévision dans des intrigues et des drames artificiels pour tenter de noyer sa propre peine, et ce avec une obsession et une dévotion telles que, progressivement, ce sont ces intrigues et ces personnages qui nous paraissent « vrais », bien plus que Léo lui-même. Se laisse-t’il à la dérive, lassé de vivre ? Est-ce un aveu, un abandon de tout espoir, une volonté de s’effacer, de se laisser disparaître ? Ou est-ce au contraire une sorte de thérapie, un processus lent et curieux pour réparer les blessures et les injustices les plus profondes, pour tenter de voir enfin, par delà les pixels bavards, quel scénario est encore possible pour lui ?

Tonino Benacquista nous convie avec ce roman à un étrange voyage intérieur qui, après les pages de désespoir et de colère, célèbre la revanche de la fiction sur ce dont le réel nous prive.

 

Dans la Peau, par Gunnar Kaiser

A mi-chemin entre le récit de formation et le thriller, Dans la Peau raconte l’histoire d’un passionné des livres et collectionneur d’ouvrages rares devenu un terrible assassin, et nous montre surtout comment cette passion première, en apparence inoffensive, a conduit cet homme à commettre des actes atroces et cruels dans la poursuite unique de son idéal. De l’Allemagne des années 1930 au New York des 70’s, nous assistons au récit glaçant de la naissance du vice. Dans ce roman palpitant, tout se mêle : l’ode à la Littérature s’empourpre d’une sensualité parfois crue, de grands événements de l’Histoire, effleurés, servent de toile de fond à l’avènement d’un dangereux psychopathe pour qui rien ne compte si ce n’est l’Art, peu importe le prix à payer. Prêt à tout pour toucher du doigt la légende, l’innommable, le personnage de Gunnar Kaiser nous fascine pour sa cruauté froide et pour tout le mystère qui, jusqu’au bout, l’accompagne.

Un récit hypnotique sur la beauté des livres et sur l’art du crime, à découvrir sans tarder.

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