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Alexandra
Écrit par
blogueur Littérature & Polar
04 juin 2019 |  20 likes   |  43 vues

Polars, thrillers ou romans noirs : les femmes ne se laissent pas faire

Si certains pensent encore que les polars sont écrit par des hommes et pour les hommes, ils se trompent. D’Agatha Christie à Camilla Läckberg, du roman noir au thriller, les reines du crime sont nombreuses et sont capables de renverser les stéréotypes en écrivant des histoires aussi sombres que leurs homologues masculins.

Maggie Exton et Zoé Shepard

La femme d’un homme politique qui disparaît, un serial killer impossible à identifier, une brigade de police dépassée mais professionnelle, un détective privé solitaire et un peu rustre, c’est le début d’un thriller américain typique… Zoé Shepard surprend et insère dans son récit un soupçon de Grace Kelly. Si Connely a créé le poète, Shepard nous présente le cinéphile, un tueur qui kidnappe des femmes et les grime en la célèbre actrice des années 50.

« Demain, il se rendra dans cette minuscule boutique qu’il adore, récupérera sa commande, éprouvera la douceur de l’organza entre ses doigts et se mettra à l’ouvrage.
Le patron est prêt, les essayages ont été concluants, elle sera magnifique. Plus petite que Grace, mais avec sa taille fine, la robe lui ira à merveille. »

Grâce et raffinement ? Oui mais pas que… Zoé Shepard donne à ses personnages des répliques dans un langage parfois cru, réaliste et ponctu son récit noir de quelques touches d’humour sans jamais tomber dans la farce. Dans une Amérique moderne, la française dénonce une société sur-contrôlée mais de moins en moins sécurisée où l’homme n’a plus de limite.

« Maggie Exton » est un roman accessible et dynamique qui mélange espionnage, manipulation et stratégie politique.

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L-Ete-circulaire

« L’été circulaire » de Marion Brunet

Habituellement cantonnée à la littérature jeunesse, Marion Brunet réussit avec brio son incursion dans le polar et emporte le Grand prix de littérature policière en 2018. Parfait pour la saison « L’été circulaire » sort enfin en format poche.

Entre littérature et polar, il est difficile de ranger ce roman dans une case tant l’atmosphère y est pesante mais tout à la fois ordinaire. Dans une petite ville au Sud de la France où tout le monde se connaît et tout le monde se juge, Céline 16 ans tombe enceinte. Dans sa famille oppressante, sa mère se tait, sa sœur de 15 ans observe et son père distribue les coups après avoir descendu des bières avec ses collègues du chantier. Une chaleur estivale amère, la même fête foraine tous les ans, le malaise est palpable. Entre résiliation et révolte la limite est parfois très fine pour les adolescentes de la famille. Complices et différentes, on rêve avec elles de liberté et de se venger d’une vie pourtant prédestinée.

« Au fond, c’est peut être ici qu’elle se sent le mieux, à errer dans la campagne comme un petit animal du Sud, un lézard ou quelque chose du même genre. La terre retient encore ses explosions, l’ancre malgré elle dans ce pays détesté si souvent. La terre qui étend son pouvoir diffus jusque dans ses dégoûts. Pas la terre que l’on possède mais celle qui l’a vue naître, qui emprisonne comme un berceau. »


La vengeance d’Helen Zahavi

Bella est anglaise. Bella vit dans un appartement à la cave et Bella est définitivement trop polie. L’homme qui se poste à sa fenêtre jour après jour pour l’épier aurait pu éviter tout cela, mais il a décidé de trouver son numéro et de faire sonner son téléphone. Alors pour Bella s’en est trop. Elle ne se laissera plus faire.

« Ce qu’elle désire, ce sont des fenêtres ouvertes les soirs d’été. Des promenades solitaires au bord de l’eau. Sans la crainte de la panne sur l’autoroute. Sans la peur du noir. Sans la terreur des bandes. Sans réflexions dans les rues. Sans attouchements furtifs dans le métro. […] Bella est née libre partout et elle est enchaînée. Des usurpateurs lui ont volé son héritage, et elle doit le récupérer. »

Véritable pamphlet contre le harcèlement ordinaire que l’on banalise bien trop souvent,  » Dirty week end » se lit d’une traite. Un rythme effréné et une écriture déjantée c’est ce que nous propose Helen Zahavi.

Malgré sa censure en 1991, le roman sera adapté en 1993 au cinéma.

Jugé immoral à sa sortie et réédité par les éditions Libretto, ce roman violent déplace aujourd’hui les limites de l’inacceptable à leur juste niveau.

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