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Céline
Écrit par
blogueur Littérature & Polar
06 avril 2020 |  0 like   |  226 vues

Le virus de la lecture! Partie I

Les virus dans la littérature

Commençons par les classiques

Il y a peu, je sous-entendais la possibilité d’un article sur le sujet d’actualité: la pandémie. J’y mettais une condition, que la mienne se déroule au mieux. Et bien je fais partie des chanceux à qui ce confinement fait du bien.
Ho ne doutez pas que je passe quelques nuits blanches et que parfois mon estomac se noue de trop penser à cet avenir incertain, mais j’avoue que dans l’ensemble, les journées sont belles.
Sans une chape de plomb sur mes épaules et mon cerveau, j’ai pu réfléchir aux ouvrages de la littérature traitant d’attaques virales, de mondes métamorphosés et autres joyeusetés apocalyptiques. Parce qu’il faut aborder ces lectures le cœur léger sans quoi l’anxiété va finir par nous étouffer (ou être un peu masochiste, je ne suis personne pour juger).

Figurez vous que la littérature est friande de ces sujets et qu’ils ne sont pas réservés au rayon Science-fiction !

Au cours des siècles, de grand auteurs se sont essayé au sujet des maladies dévastatrices. Vous avez certainement vu et revu passer le célèbre La Peste de Camus. Bien que cet ouvrage parle de nazisme et non de la maladie en elle-même, on ne peut pas nier la réussite de l’allégorie.

Jean Giono, lui, vous conte les ravages du choléra dans le Hussard sur le toit. Une Provence bouleversée par la maladie : mise en quarantaine, villes barricadées, routes barrées et fontaines empoisonnées pour un roman d’aventure efficace !

Thomas Mann parle lui aussi de choléra dans La Mort à Venise et fait un parallèle exceptionnel entre maladie et beauté : un chef d’œuvre romantique !

Pour continuer sur le choléra, il faut lire Andrée Chedid et son Sixième jour. (il faut de tout façon lire Andrée Chedid, parce que c’est toujours beau) Le sixième jour est l’épée de Damoclès des malades du choléra : ce jour-là, on meurt, ou bien on ressuscite. Le petit Hassan est malade et sa grand-mère le veille. Elle fait surtout barrage contre ceux qui veulent prendre l’enfant par peur de la contagion. Parce que s’ils l’emportent elle ne le reverra jamais. Un combat incroyable, un voyage impossible, une leçon d’amour fabuleuse !

Philip Roth s’essaye au virus de la polio dans Nemesis. Si je ne suis pas une adepte de l’auteur, je dois reconnaître qu’il nous fait sentir chaque parcelle d’émotion que peut susciter une telle calamité : peur, panique, colère, perplexité, souffrance et peine. Un New-Jersey de 1944 décimé par la maladie mais tenu par des liens forts.

En 1924 Jack London écrit La Peste écarlate et nous emporte dans un monde post-apocalyptique. Il y a soixante ans, la baie de San Francisco fut ravagée par un terrible fléau. Parmi les survivants, un vieille homme demeure. Il tente de raconter le monde d’avant à des enfants revêtus de peaux de bêtes, qui ne savent même pas compter. La seule issue est de reprendre, depuis le commencement, la marche vers la civilisation perdue. La puissance d’écriture de Jack London nous ouvre aux grandes peurs qui ravagent le monde dans une vision terrible et quasi prophétique.

Œdipe Roi de Sophocle nous raconte un mythe dans une Thèbes ravagée par la peste. Cette épidémie est-elle une vengeance divine pour avoir tué son père et épousé sa mère ?

Hervé Bazin décrit le cataclysme d’une surgrippe dans le Neuvième jour. Un biologiste doit reprendre ses recherches jadis interrompues, parce que jugées trop dangereuses. Sous les pressions contraires des autorités et de l’opinion, le voilà lancé dans une épuisante course contre la mort, cependant que chaque jour la liste mondiale des victimes s’allonge… Manipulations génétiques, laboratoires ultra-secrets, course à l’argent et aux honneurs : au fil d’une intrigue qui ne laisse nul répit, nous découvrons ce neuvième jour de la Création, où l’Homo sapiens maîtrise tous les moyens d’autodestruction.

Dans l’aveuglement, José Saramago parle d’une épidémie qui se propage à une vitesse fulgurante à travers tout le pays. Les gens deviennent soudainement aveugle. En quarantaine, dans un hôpital, ou livrés à eux-mêmes dans la ville, privés de tout repère, les hordes d’aveugles devront faire face à ce qui, en l’homme, est le plus primitif : la volonté de survivre à n’importe quel prix. L’amour, la haine, la cruauté, l’indifférence, la peur, autant de sentiment par lesquels José Saramago bâtit une inquiétante allégorie des temps que nous vivons. Il faudra retrouver l’amour et la solidarité ; ces humaines valeurs que, voyant, on finit souvent par ne plus voir.

Dans La quarantaine, Le Clezio raconte le voyage de Léon et Jacques à bord du navire qui les ramènent chez eux, à l’île Maurice. Mais deux voyageurs sont atteints de variole et les passagers sont débarqués sur l’ile Plate où ils passeront plusieurs mois en quarantaine. Par ce roman, l’auteur raconte le séjour forcé de son grand-père. De son écriture douce et poétique il en fait un fabuleux voyage, beau et violent à la fois. De ceux qu’on traverse avant de savourer une vie normale…

Strasbourg en 1519, Entrez dans la danse de Jean Teulé décrit une épidémie particulière : une folie s’empare des gens et les pousse à danser. Sans cesse, jour et nuit, pendant deux mois, sans interruption. Jusqu’à tomber inconscients. Beaucoup en sont morts. Jean Teulé s’inspire d’un fait divers historique, et vrai, pour un roman décalé, drôle tant par son humour que son style.

Je termine avec un auteur que j’adore (mais qui ne fait pas l’unanimité) Chuck Palahniuk et son Peste ! Buster Casey, alias Rant, est atteint de la rage. Rant devient le plus grand criminel de tous les temps parce qu’il la refile à tout le monde, sa rage… Rant est une arme de destruction massive, une bombe chimique capable de faire exploser toute la société. Roman sous acide, évangile subversif et grotesque où le rire donne la réplique à l’horreur, Peste décrit un monde qui marche sur la tête, où la vie est à mourir d’ennui et la mort positive et créatrice. Chuck Palahniuk explore les tréfonds de la vie moderne et dresse le portrait en creux d’une Amérique en mal de repères.

Vous voila avec de quoi faire pour quelques jours. Je reviens très vite vous parler d’autres ouvrages, eux plus actuels mais qui traitent tous du même sujet. Pour vous donner envie, sachez que je vous ai sélectionné du Déon Meyer, du Thilliez et même du Nora Roberts (oui, vous avez bien lu)

Mais pour l’heure je dois me tenir au protocole de mon confinement : la sieste !

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