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Marie
Écrit par
Blogueuse Littérature & Polar
27 juillet 2020 |  1 like   |  201 vues

Le Bal des Ombres – Joseph O’Connor

 

« Etre artiste, c’est savoir que les fantômes existent. »

 

Avec Le Bal des Ombres, Joseph O’Connor signe un roman original et plein de charmes. Un bond dans le passé, une aventure fantastique qui nous attend, côtoyant les mystères d’une époque propice à la fiction et à l’imaginaire à travers laquelle il ressuscite avec fantaisie des figures de la scène artistique du Londres de la fin du 19ème siècle. Ce roman offre une parenthèse historique, littéraire, ésotérique, toute en énigmes, c’est un délicieux mélange des genres, une plongée véritable et envoûtante, que je vous propose de découvrir.

 

 

Un curieux récit d’ambiance, entre émerveillement et mystères

L’un des charmes les plus évidents du Bal des Ombres réside tout d’abord dans le fait que le roman nous plonge dans une époque bien particulière, parfois méconnue et pourtant si riche d’événements, que l’imaginaire du génial J. O’Connor a bien su capter et restituer. Mettant en scène des personnages aillant réellement vécu, il choisit pour protagonistes Bram Stoker, Henry Irving et Ellen Terry, des noms évocateurs, à travers lesquels il nous fait pénétrer dans la micro-sphère artistique londonienne de l’époque. Au passage, on croise également Walt Whitman, Oscar Wilde… autant de personnages figés par la légende et l’Histoire qui s’animent ici d’un souffle nouveau.

Mais si le récit se concentre sur les milieux artistiques, et en particulier celui du théâtre, il y plane la menace permanente d’un certain Jack L’Éventreur, terrorisant la ville et jetant une ombre sur ce petit univers hors du temps dans lequel évoluent nos personnages.

Et c’est en cela que l’atmosphère de ce roman est si riche et singulière : elle se mêle d’une part d’obscurité et de mystères indissociables du reste. Le quotidien, les événements, les lieux, tout est entouré d’un voile énigmatique, d’occulte… Le récit est pris dans une nuit profonde que la lumière des chandeliers ne parvient pas à dissiper. Cette atmosphère étrange, vaguement ésotérique et inquiétante, rappelle volontairement celle du célèbre roman Dracula, et le fantastique (avec par exemple la mention de fantômes) fait partie intégrante de l’univers ambigu du roman, mais aussi du monde du théâtre, où l’imaginaire débridé laisse la porte ouverte à tous les possibles… ici, les mythes et la peur côtoient le commun des mortels.

 

 

 

La création artistique au cœur du roman

L’autre aspect qui vaut à ce roman d’être aussi singulier et fantastiquement réussi, c’est sa manière bien particulière de traiter l’Ecriture avec un grand E.

Tout d’abord, il faut s’arrêter sur ce jeu avec les formes d’écriture déployé tout au long du récit. Alternant les voix, les points de vue mais aussi les genres, le texte se révèle protéiforme et plein de malice, pour une lecture dynamique et divertissante. C’est sans problème que l’on passe de passages écrits à la première puis à la troisième personne, de la narration « classique » aux dialogues scriptés, puis à la retranscription d’une conversation enregistrée, à des fragments d’échanges épistolaires… Pourquoi s’imposer des limites ? J. O’Connor s’amuse tout du long avec l’écriture mais aussi avec son lecteur, comme le prouve par exemple le titre du chapitre 7 : « Tout lecteur qui se respecte sur le plan moral souhaitera sauter ce chapitre, dans lequel sont présentées des pages d’un journal écrit en sténo, avec force expressions inconvenantes ».

Mais surtout, la richesse de ce roman est de présenter une véritable réflexion sur la littérature et la création artistique. S’il est possible de lire à travers le personnage de Henry Irving une ode à la folie créatrice, où le génie est à la fois le prétexte et l’excuse à toutes sortes d’extravagances et de caprices, on se délecte de cette lecture hantée de bout en bout par le spectre obsédant de ce qui deviendra un jour DraculaLe Bal des Ombres, parsemé d’allusions au légendaire roman qui a façonné le mythe du vampire, nous présente l’attachant personnage d’un Bram Stoker torturé, bien avant de rencontrer le succès, et nous laisse assister en pointillés à la genèse de l’oeuvre magistrale.

 

Un roman enchanté, « nostalgique » d’une époque trouble où le réel se mêle au fantastique, où la brume rampe dans les ruelles obscures et nappe la ville de ces mystères qui ont influencé tout un pan de notre Littérature. A découvrir !

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