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Alexandra
Écrit par
blogueur Littérature & Polar
28 juillet 2019 |  13 likes   |  49 vues

Freak show : des livres sur la piste aux étoiles

Le freak c’est chic

USA, XIXe siècle : on expose des êtres humains aux yeux de tous. Le but : surprendre, choquer ou effrayer le spectateur avide de difformités ou de prouesses physiques. Des « Monstres » on ne peut plus humain. L’ambiance du freak show a inspiré de nombreux auteurs, artistes ou réalisateurs qui tentent de s’approcher au plus près de la nature humaine.

Le freak Show en images

The Circus 1870s-1950s

Revenant sur les années phares des cirques itinérants, Taschen nous propose un ouvrage travaillé qui retrace l’histoire de l’âge d’or du freak show en Amérique.
Le cirque devient des années 1870 à 1950, le plus grand spectacle de divertissement au monde, passant même devant le théâtre, et constituant le socle de la culture populaire américaine actuelle. Les artistes itinérants incarnent l’anticonformisme, le sensationnel. Leurs prouesses sont physiques, titanesques.
Un bel hommage à la magie du cirque en 600 images sélectionnées par Noel Daniel

Affiches, photographies de show, souvenirs des artistes en coulisse, installation des chapiteaux et vie quotidienne des nomades. Ce recueil regorge de pépites et fournit un regard réaliste sur la vie de ces hommes et de ces femmes, nomades et fabuleux.

Le fantastique flirte avec la S-F

Cristal qui songe, le freak show selon Theodore Sturgeon

Horty devient la risée de ses camarades le jour où il se fait surprendre à la récréation en train de faire de fourmis brunes son petit déjeuner.
En rentrant chez lui le soir, loin de trouver du réconfort auprès de sa famille, la situation s’envenime. Colère et honte envahissent son père et l’accident se produit obligeant le jeune garçon à fuir de sa maison avec Junky, un jouet quelque peu particulier.
Recueilli par la troupe d’un cirque itinérant, il fera la connaissance de deux naines et des autres freaks menés par la main de fer du Cannibale. Un homme redoutable, terrifiant, qui semble détenir un pouvoir particulier pour manipuler les autres.

Grand auteur américain, Theodore Sturgeon performe dans le domaine de la science-fiction et nous offre un regard différent sur la difformité, les particularités physiques … Mais c’est la violence qui est centrale dans ce livre. Le caractère des personnages et leur psychologie sont très marqués. Misanthropes, manipulateurs, sadiques, ingénue … La galerie des personnages est la vraie force du récit et permet d’établir une critique plus large de la société.

Les lois, les châtiments font souffrir : la puissance n’est au fond que la capacité d’infliger de la souffrance à autrui. Il décida que ce fantastique objet se conformerait à ses ordres. Sinon, il le torturerait à mort.

Amour Monstre

Le roman culte de Katherine Dunn

Publié pour la première fois en 1989 sous le titre original Geek love, il faudra attendre 2016 pour une traduction française. Amour Monstre est un petit pavé qui nous dévore. L’histoire de la famille Binewski est fascinante. Directeurs d’un spectacle itinérant, Al et Lil décident de fonder une famille qui leur garantira des shows hallucinants. Menant à terme des expériences scientifiques énigmatiques, leur famille comptera 4 enfants dans un premier temps. Le freak show est composé d’Arty l’aquaboy aux extrémités faites de nageoires, d’Iphy et d’Elly deux sœurs siamoises pianistes à leurs heures et d’Oly, notre narratrice, bossue et albinos, de bien moindres particularités pour assurer les revenus de la famille. Et arrive Chick, le petit dernier, une jolie réussite …

J’étais la seule personne qui connaissait sa mauvaiseté noire et amère, sa jalousie mordante, ses aspirations rances, et qui en même temps l’aimait. Je savais aussi qu’on pouvait le briser très facilement. Ça lui était égal que je le sache. Ça lui était égal que je l’aime. Il savait que je continuerais à le servir corps et âme même s’il me faisait du mal. Et je n’étais pas une rivale pour lui. Je n’avais pas de numéro. J’attirais les foules vers lui plutôt que vers moi.

Dans cette course effrénée à la difformité, où être normal c’est être insignifiant, les coups bas sont monnaie courante. Katherine Dunn dépeint la violence des hommes pour le pouvoir, la richesse ou la gloire. Ses personnages ne se contentent pas d’être originaux, leur psychologie est complexe, leur caractère affirmé.

Loin du pathos d’Elephant man la vraie monstruosité des personnages se cachent sous leurs apparences, au creux de leurs ambitions.

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